Comme quoi, rien ne sert d'essayer de devancer le temps, qui a son rythme propre. Il finit toujours par nous rattraper.

À lire aussi de Louis-Philippe Dalembert

S'approcher de la vérité d'un seul être humain, a fortiori d'un peuple, requiert de l'empathie et de la patience mêlées.
D'ici, de ce bout d'île écrasé de soleil, de misère et de générosité, il ne s'en irait plus que les deux pieds devant, afin que sa chair désormais en fin de parcours devienne chair de cette terre qui l'avait accueilli, en avait fait un de ses fils comme s'il fut né de sa propre matrice.
Il parvint à leur dire que c'était Haïti, et non pas Tahiti, que ce pays existait bien, c'était l'ex-colonie française de Saint-Domingue. Il avait gagné son droit d'existence en passant une raclée à des vétérans de l'armée napoléonienne, avec à leur tête le propre beau-frère du Premier consul, puis le fils Rochambeau, ancien combattant sous les ordres de son père à la guerre d'Indépendance des Etats-Unis.
Le passé d'un individu, c'est comme son ombre, on le porte toujours avec soi. Parfois il disparaît. Parfois il revient. Des fois, on le cherche, et il ne vient pas. Et un jour, il surgit alors qu'on ne l'attend pas. Pareil à un esprit farceur. Il faut apprendre à vivre avec, à s'en servir au mieux pour avancer.
Tout être humain à son histoire souchée à des mythes, des rituels spécifiques. Il est important de les leur enseigner.
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Dans la même œuvre

On vit avec depuis la nuit des temps. Les sautes d'humeur de la terre font partie de nous, c'est nous.
A part ce léger point d'achoppement de la langue, il avait tout fait pour être accepté des gens d'ici, ceux de la belle famille en particulier. Il en était même venu à s'intéresser au rugby, ce sport de midinettes en mal de protection, le seul dans lequel la région jouissait un tant soit peu de crédibilité au niveau national.
Curieusement, en le serrant dans ses bras, la mère ne perçoit aucune émotion particulière chez son fils qui lui offre un visage neutre, impavide. Peut-être ce qu'il a vécu, coincé sous les décombres durant ces trois jours et ces trois nuits, est-il plus horrible encore que de perdre un frère auquel on était attaché, et en est-il ressorti immunisé à la douleur. Peut-être s'est-il senti abandonné des siens, alors qu'elle a laissé la dépouille de l'aîné sous la surveillance du voisin pour courir comme une folle jusqu'à l'école qu'elle a trouvée, à l'arrivée, réduite en poussière, qu'elle a crié son nom le reste de l'après-midi et une partie de la nuit, jusqu'à ce qu'elle ait dû, la mort dans l'âme, rebrousser chemin pour rejoindre les autres. Peut-être ces épreuves l'ont-elles fait grandir d'un coup, passer de l'état d'enfance à l'âge adulte sans s'être arrêté à l'adolescence, le voilà aujourd'hui avec une tête d'homme mature dans un corps de gamin.
Sous quelques cieux qu'il nous ait été donné de naître et de grandir, nous avons plus ou moins les mêmes qualités et défauts. C'est ce qui fait notre humanité.
Le malheur sait aussi bien diviser que rapprocher les humains. Il suffit d'un rien, un geste, un mot, du silence même, pour que l'on bascule d'un côté ou de l'autre. Dans l'horreur ou la générosité.