A part ce léger point d'achoppement de la langue, il avait tout fait pour être accepté des gens d'ici, ceux de la belle famille en particulier. Il en était même venu à s'intéresser au rugby, ce sport de midinettes en mal de protection, le seul dans lequel la région jouissait un tant soit peu de crédibilité au niveau national.

À lire aussi de Louis-Philippe Dalembert

Comme si l'enfance était ce lieu unique qui ne se brouille que pour mieux s'imprégner dans la mémoire, façonner les faits et gestes du présent.
Comme quoi, rien ne sert d'essayer de devancer le temps, qui a son rythme propre. Il finit toujours par nous rattraper.
Dans la vie, il ne faut jamais imaginer le caïman braisé avant de l'avoir tué, je lui dis au fiston. J'ai payé cher pour le savoir.
D'ici, de ce bout d'île écrasé de soleil, de misère et de générosité, il ne s'en irait plus que les deux pieds devant, afin que sa chair désormais en fin de parcours devienne chair de cette terre qui l'avait accueilli, en avait fait un de ses fils comme s'il fut né de sa propre matrice.
Ici tout le monde vient d'ailleurs. Les racines des uns se sont entremêlées à celles des autres pour devenir un seul et même tronc. Aux multiples ramifications certes, mais un tronc unique. A vouloir les dénouer, on risque le dessèchement du tronc tout entier.
Toutes les citations de Louis-Philippe Dalembert →

Dans la même œuvre

On vit avec depuis la nuit des temps. Les sautes d'humeur de la terre font partie de nous, c'est nous.
Comme quoi, rien ne sert d'essayer de devancer le temps, qui a son rythme propre. Il finit toujours par nous rattraper.
Curieusement, en le serrant dans ses bras, la mère ne perçoit aucune émotion particulière chez son fils qui lui offre un visage neutre, impavide. Peut-être ce qu'il a vécu, coincé sous les décombres durant ces trois jours et ces trois nuits, est-il plus horrible encore que de perdre un frère auquel on était attaché, et en est-il ressorti immunisé à la douleur. Peut-être s'est-il senti abandonné des siens, alors qu'elle a laissé la dépouille de l'aîné sous la surveillance du voisin pour courir comme une folle jusqu'à l'école qu'elle a trouvée, à l'arrivée, réduite en poussière, qu'elle a crié son nom le reste de l'après-midi et une partie de la nuit, jusqu'à ce qu'elle ait dû, la mort dans l'âme, rebrousser chemin pour rejoindre les autres. Peut-être ces épreuves l'ont-elles fait grandir d'un coup, passer de l'état d'enfance à l'âge adulte sans s'être arrêté à l'adolescence, le voilà aujourd'hui avec une tête d'homme mature dans un corps de gamin.
Sous quelques cieux qu'il nous ait été donné de naître et de grandir, nous avons plus ou moins les mêmes qualités et défauts. C'est ce qui fait notre humanité.
Le malheur sait aussi bien diviser que rapprocher les humains. Il suffit d'un rien, un geste, un mot, du silence même, pour que l'on bascule d'un côté ou de l'autre. Dans l'horreur ou la générosité.