La première règle que l'on apprend à la faculté de médecine est de ne pas s'impliquer. C'est la raison d'être de l'humour médical, ce second degré cynique qui choque souvent les gens.

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De son point de vue, ces gadgets ne font que réduire l'homme en esclavage. Il suffit de les observer tous, dans les rames, avec leurs visages collés aux écrans. Avant, les voyageurs lisaient des livres. Maintenant ils font exploser les bonbons de couleur, ils mitraillent des cibles ou s'insultent à distance. Et on nous raconte que c'est le progrès.
Le temps est le bien le plus précieux. Mais au lieu de le passer avec les êtres qu'on aime, on le perd à poursuivre des buts absurdes. Et au bout du compte, il ne reste rien.
Vous pensez agir de façon logique, restez maître de vos émotions. Votre cerveau aligne sagement les plus et les moins dans des colonnes. Et à la fin, votre coeur se fait avoir comme un débutant.
Avant, faire le deuil d'une relation sentimentale était plus simple. Vous n'aviez qu'à vous retirer dans votre caverne et panser vos plaies jusqu'à ce que la douleur cesse. Aujourd'hui, les liens que l'on conserve dans le monde virtuel la ravivent en permanence. Groupes d'amis, listes de connaissances du travail, une notification par-ci, un commentaire par-là, la technologie persiste à vous donner des nouvelles de votre liaison passée même lorsque vous ne demandez rien. Comment résister, alors, à la curiosité masochiste d'en savoir plus ?
Quoi, vous voulez dire que je ne suis pas dans un groupe Facebook de joyeux lurons ? Que je ne publie pas de clichés sur Instagram de moi au bord de ma piscine? Incroyable. Je suis donc comme la plupart des gens âgées qui n'en a rien a foutre de tout ça ? Prenez un individu de plus de soixante-dix ans, sans antécédents particuliers et cherchez-le sur Google. Es-ce qu'il s'y trouve? Non et c'est normal. Sauf le jour de ses funérailles , avec le faire-part de décès, je le sais, j'en rédige a l'église.
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Vous pensez agir de façon logique, restez maître de vos émotions. Votre cerveau aligne sagement les plus et les moins dans des colonnes. Et à la fin, votre coeur se fait avoir comme un débutant.
Avant, on passait des heures en famille à classer nos clichés dans de grands albums en carton qui sentaient bon la colle Uhu. On les oubliait au fond d'un placard, puis on les rouvrait lors d'une fête ou d'un anniversaire, un verre à la main, en se remémorant des anecdotes débiles. Aujourd'hui, chacun a la possibilité de faire défiler sa vie entière d'un simple clic, tout seul devant son moniteur. Et on appelle ça le progrès.
Comme le dit Shakespeare dans La Tempête : « L'enfer est vide, tous ses démons sont ici. »
C'est dingue, vous clignez de l'oeil, et les années défilent en un éclair.
Chacun invente ses petits trucs pour affronter les ténèbres, sinon c'est une part de vous-même qui meurt à chaque patient.