Qui ramassera à la petite cuillère le brouillard coupé au couteau?
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Je venais de le comprendre : le jardin de l'homme est peuplé de présences. Elles ne nous veulent pas de mal, mais elles nous tiennent à l’oeil. Rien de ce que nous accomplissons n'échappera à leur vigilance. Les bêtes sont des gardiens de square, l'homme y joue au cerceau en se croyant le roi. C'était une découverte. Elle n'était pas désagréable. Je savais désormais que je n'étais pas seul.
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À lire aussi de Sylvain Tesson
Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide.
Dissimule ta vie, disait Epicure dans l'une de ses maximes (en l'occurrence c'était peu réussi car on se souvenait de lui deux millénaires après sa mort).
J'aime les trains: ils suivent un chemin de fer.
La solitude, compagne qui ne s'enfuira jamais.
Dans la même œuvre
Il m'avait raconté sa vie de photographe animalier et détaillé les techniques de l'affût. C'était un art fragile et raffiné consistant à se camoufler dans la nature pour attendre une bête dont rien ne garantissait la venue. On avait de fortes chances de rentrer bredouille. Cette acceptation de l'incertitude me paraissait très noble - par la même antimoderne.
Les artistes le savent : le sauvage vous regarde sans que vous le perceviez. Il disparaît quand le regard de l’homme l’a saisi.
La Terre avait été un musée sublime. Par malheur, l'homme n'était pas conservateur.
L'affût était une prière. En regardant l'animal, on faisait comme les mystiques: on saluait le souvenir primal. L'art aussi servait à cela: recoller les débris de l'absolu.
Appelons sens du beau la conviction jouissive de se sentir en vie.