Pour faire vivre le désir, mieux valait la moquerie bienveillante de mon père, à qui je n’avais pas fait plus de confidence qu’aux autres, qui simplement me voyait plongée dans mes lectures et rapporter de bonnes notes en rédaction, et qui me surnommait « Catherine-Millet-de-l’Académie-française ».
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Je suis docile non par goût de la soumission, car je n'ai jamais cherché à me mettre dans une position masochiste, mais par indifférence, au fond, à l'usage qu'on fait des corps.
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L’enfer, comme le paradis, c’est pour l’éternité, et les enfants qui n’ont pas encore éprouvé les souffrances et les pertes engendrées par le temps qui passe ne doutent pas que le temps puisse passer sans jamais s’arrêter, ils ont confiance dans la promesse d’éternité, et peu importe qu’elle se situe dans un espace qu’on appelle l’au-delà. C’est à peine s’ils s’enquièrent du détail de ce qui fait les délices du paradis et les supplices de l’enfer.
Je le savais, mais bien sûr je me tus.
J'ai déjà laissé entendre que, craintive dans les relations sociales, j'avais fait de l'acte sexuel un refuge où je m'engouffrais volontiers afin d'esquiver les regards qui m’embarrassaient et les échanges verbaux pour lesquels je manquais encore de pratique.
Je pense que si je n’avais pas été critique d’art, j’aurais été critique d’architecture. Je suis extrêmement sensible aux espaces. Devant un tableau, c'est d'abord l'espace qui me séduit ou pas.
Dans la même œuvre
Je suis toujours profondément admiratrice du temps suspendu dans lequel vivent les baiseurs et qui retient ma sympathie. Il peut s'être passé dix ans, que dis-je vingt ans et plus encore, depuis qu'ils ont joui avec une femme, ils vous en parlent, ou s'adressent à elle, comme si c'était hier. Leur plaisir est une fleur vivace qui ne connaît pas les saisons. Elle s'épanouit dans une serre qui isole des contingences extérieures et qui fait qu'ils voient toujours de la même façon le corps qu'ils ont tenu contre eux, celui-ci serait-il flétri ou rigidifié dans une robe de bure.
N'ayant jamais attribué au sexe une valeur sacrée, je n'ai jamais éprouvé le besoin de l'enfermement dans un tabernacle comme le font finalement ceux qui me reprochent de faire tomber tout mystère.
Ceux qui obéissent à des principes moraux sont sans doute mieux armés pour affronter les manifestations de la jalousie que ceux que leur philosophie libertine laisse désemparés face à des explosions passionnelles.
Mon habit véritable, c’était ma nudité, qui me protégeait.
J’apprenais que chaque sexe appelait de ma part des gestes, voire des comportements différents.