Mon habit véritable, c’était ma nudité, qui me protégeait.
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Je pense que si je n’avais pas été critique d’art, j’aurais été critique d’architecture. Je suis extrêmement sensible aux espaces. Devant un tableau, c'est d'abord l'espace qui me séduit ou pas.
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Au contraire des adultes qui souvent sur les photos ont une pose en retrait, le menton rentré jusqu’à prendre l’air renfrogné, parce qu’ils ont le soleil dans les yeux et surtout parce qu’ils savent déjà qu’ils n’aimeront pas trop ce presque inconnu à leur place sur le papier glacé, les tout jeunes enfants ont une attitude qui les projette, le regard droit dans l’objectif comme s’ils voulaient adhérer à la surface de l’image.
Nous avons tort de ne pas faire confiance aux apparences, parce que si chacun de nous voyait vraiment ce qu’il a devant les yeux et s’il acceptait avec innocence d’appréhender la vie dans les formes sous lesquelles elle se manifeste, il aurait la satisfaction de constater que sa propre existence présente la cohérence d’un roman bien construit, ou d’un film dont le montage subtil éclaire le scénario, au lieu qu’elle lui paraisse, comme c’est le cas le plus souvent, un confus conglomérat de faits et d’émotions.
Une oeuvre d’art est un peu faite pour vous provoquer, vous déstabiliser. Si elle est là seulement pour vous rassurer, ce n’est pas intéressant.
Lorsque les adultes dédaignent ou se moquent du physique ingrat des adolescents et se plaignent de l’humeur grincheuse dont ceux-ci l’assortissent, ils feraient bien de prendre en compte ce que doit être la brutale frustration éprouvée par ceux dont ils admiraient et câlinaient le corps potelé si peu de temps auparavant.
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Il faut être attentif à ce qui a priori ne vous plaît pas. Une oeuvre d’art est un peu faite pour vous provoquer, vous déstabiliser. Si elle est là seulement pour vous rassurer, ce n’est pas intéressant.
J’ai grandi dans une banlieue petite bourgeoise, qui m'a offert des espaces étroits. Mais j'ai eu cette chance d'habiter dans un appartement au dernier étage, avec des fenêtres, une vue très dégagée. J'avais pris l'habitude de lire près de de ses fenêtres. Ce n'était pas une vue poétique. Mais il y avait une grande part de ciel et on voyait loin. Je pouvais me projeter dans un autre espace.
Une oeuvre d’art est un peu faite pour vous provoquer, vous déstabiliser. Si elle est là seulement pour vous rassurer, ce n’est pas intéressant.
J’avais l’idée d’écrire pour dire des choses qui n’avaient pas encore été écrites. Il faudrait que je puisse raconter ça, le montrer, trouver les mots pour mettre en images cette douleur.