Comme j'étais parfaitement disponible, que je ne fixais pas plus en amour que dans la vie professionnelle un idéal à atteindre, on m'a désignée comme une personne sans aucun interdit, exceptionnellement dépourvue d'inhibition, et je n'avais aucune raison de ne pas tenir cette place.
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Nous avons tort de ne pas faire confiance aux apparences, parce que si chacun de nous voyait vraiment ce qu’il a devant les yeux et s’il acceptait avec innocence d’appréhender la vie dans les formes sous lesquelles elle se manifeste, il aurait la satisfaction de constater que sa propre existence présente la cohérence d’un roman bien construit, ou d’un film dont le montage subtil éclaire le scénario, au lieu qu’elle lui paraisse, comme c’est le cas le plus souvent, un confus conglomérat de faits et d’émotions.
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Les plaisirs sont ressentis comme les plus intenses, les douleurs comme les plus profondes lorsqu'ils mobilisent le plus de canaux émotifs, qu'ils drainent une quantité incalculable de souvenirs heureux ou malheureux, d’espérances réalisées ou brisées.
Certaines paroles traduisent des choses si importantes, si graves, qu’elles ne sont prononcées que par pure forme, à la façon d’un mot de passe entre deux conjurés qui peuvent ne pas se connaître, ignorer peut-être le but ultime de leur action, mais qui ne doutent pas de son importance.
Je me sentais dans la situation d'une comédienne à qui on aurait demandé de renoncer à son métier, sous prétexte qu'on l'aurait soupçonnée des crimes de Médée ou de Lucrèce Borgia.
Je faisais déjà partie de la catégorie d’êtres humains qui, de la même façon que la plupart des animaux domestiques d’ailleurs, s’adaptent facilement ; un chien qui pour une raison ou pour une autre passe d’un maître à un autre veut aimer et être aimé et adopte en conséquence les habitudes de sa nouvelle maison.
Dans la même œuvre
On peut manquer d’un toit, d’amour, d’espoir, de tout, mais ne pas disposer des mots qui désignent sa souffrance est à mes yeux le malheur extrême. Je n’éprouve jamais autant de commisération que devant un enfant malheureux qui n’a pas encore complètement acquis le langage, ou un esprit simple, prisonnier d’un registre étroit de mots dépourvus de nuance et de second degré, ou encore devant un animal dont l’attente éperdue est tout entière dans le regard.
Quand le goût des livres vient tôt, il tient à sa fonction de fenêtre sur d’autres horizons plus ou moins extraordinaires, mais s’y ajoute le statut d’objet du livre, de propriété facile à acquérir ; il est le premier bien que l’on peut avoir pour soi, égal aux biens des adultes, et non pas leur imitation, comme le sont les jouets.
Lorsque les adultes dédaignent ou se moquent du physique ingrat des adolescents et se plaignent de l’humeur grincheuse dont ceux-ci l’assortissent, ils feraient bien de prendre en compte ce que doit être la brutale frustration éprouvée par ceux dont ils admiraient et câlinaient le corps potelé si peu de temps auparavant.
Les mots marquent la distance minimale qu'il est permis de mettre entre soi et la douleur.
Certaines paroles traduisent des choses si importantes, si graves, qu’elles ne sont prononcées que par pure forme, à la façon d’un mot de passe entre deux conjurés qui peuvent ne pas se connaître, ignorer peut-être le but ultime de leur action, mais qui ne doutent pas de son importance.