J’avais été au cœur d’un événement incompréhensible. Je venais de quitter le temps infini de l’espèce, j’étais entrée dans le temps de ma vie.
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J’apprenais que chaque sexe appelait de ma part des gestes, voire des comportements différents.
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Je le savais, mais bien sûr je me tus.
J’ai longtemps été convaincue que mon principal défaut était d’être une menteuse. Mentir était un péché mortel, mais il me fallait bien tenir mon rôle devant l’un ou l’autre de mes publics, et j’arrivais à m’en accommoder. Cette sorte de mensonges qui servent à séparer les vies différentes qu’une personne mène de front n’appartient ni à l’une ni à l’autre de ces vies.
Il y a des enfants qui se changent en gargouille écumante lorsqu’ils ont affaire au réel qui leur résiste. Moi, j’avais une forme de passivité qui me faisait glisser à la surface du monde, en suivant les pentes douces et en épousant au passage les aspérités.
N'ayant jamais attribué au sexe une valeur sacrée, je n'ai jamais éprouvé le besoin de l'enfermement dans un tabernacle comme le font finalement ceux qui me reprochent de faire tomber tout mystère.
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Je suis toujours profondément admiratrice du temps suspendu dans lequel vivent les baiseurs et qui retient ma sympathie. Il peut s'être passé dix ans, que dis-je vingt ans et plus encore, depuis qu'ils ont joui avec une femme, ils vous en parlent, ou s'adressent à elle, comme si c'était hier. Leur plaisir est une fleur vivace qui ne connaît pas les saisons. Elle s'épanouit dans une serre qui isole des contingences extérieures et qui fait qu'ils voient toujours de la même façon le corps qu'ils ont tenu contre eux, celui-ci serait-il flétri ou rigidifié dans une robe de bure.
N'ayant jamais attribué au sexe une valeur sacrée, je n'ai jamais éprouvé le besoin de l'enfermement dans un tabernacle comme le font finalement ceux qui me reprochent de faire tomber tout mystère.
Ceux qui obéissent à des principes moraux sont sans doute mieux armés pour affronter les manifestations de la jalousie que ceux que leur philosophie libertine laisse désemparés face à des explosions passionnelles.
Mon habit véritable, c’était ma nudité, qui me protégeait.
Je n’appartenais pas à la classe des séductrices, et ma place dans le monde était moins parmi les autres femmes, face aux hommes, qu’aux côtés des hommes.