La création poétique est d'abord violence faite au langage, son premier acte est de déraciner les mots.
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Je remplis de sable la bouche des exclamations.
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Je suis la blessure qui ne se cicatrise pas, la petite pierre solaire: si tu me frôles, le monde s'incendiera.
Le baume qui cicatrise la blessure du temps se nomme religion; le savoir qui nous amène à vivre avec notre blessure se nomme philosophie.
J'écris sur la table crépusculaire, en appuyant la plume sur sa poitrine presque vivante, qui gémit et se souvient de la forêt natale.
Je me replie. Je rentre en moi par mon oreille gauche. Mes pas retombent dans la solitude de mon crâne qu'illumine seule une constellation grenat. Je parcours à tâtons l'énorme salle démantelée. Portes murées, fenêtres condamnées.
Dans la même œuvre
L'encre noire ouvre ses larges ailes. Mais la lampe éclate et couvre mes mots d'une couche de cristaux brisés.
J'écoute les pas étouffés de l'aurore qui s'insinue par les fentes, fille maigre et perverse qui jette une lettre pleine d'insinuations et de calomnies.
Je fais mourir de faim l'amour pour qu'il dévore ce qu'il trouve.
Je dégorge toutes les paroles, tous les credo, tous ces aliments froids dont ils nous ont gavés depuis le début.
Parfois une lueur vivace croise l'obscurité, un coup d'aile vert, écaillé. C'est le Cri, qui sort un moment dans l'air, respire et plonge à nouveau dans les profondeurs.