Je donnerais cher pour que les morts qui m'accompagnent puissent écrire ce qu'ils vivent ou ne vivent pas, de là où ils sont, tels qu'ils sont. Je voudrais connaître leurs précis de décomposition, leurs rires plein de terres, sans doute parce qu'il y a eu un moment, quelques semaines, où il m'a semblé vivre avec eux, parmi eux, en eux, et où sentir qu'ils s'éloignaient m'a causé plus de tristesse et de solitude que tout ce qu'il me fallait affronter.
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J'aime les femmes dans la mesure où elles résistent à tout ce que les hommes attendent d'elles - où elles les menacent dans leurs attentes.
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Il fallait aimer les tuyaux car, s'ils vous violaient, c'était pour votre bien. Ils vous apportaient l'eau, le sucre, la nourriture, les traitements, les somnifères, et finalement la vie, la survie et le soulagement. C'étaient des tyrans bienveillants.
Quant à Paris, c'est une Ville lumière sans lumière. Sa beauté l'éloigne de l'immigrant.
Je ne voulais pas que les morts s'endorment et je ne voulais pas m'endormir sans eux.
Le patient est quelqu'un qui doit y mettre du sien, absolument, ce n'est pas un enfant ou un oiseau qui attend la béquée
Dans la même œuvre
Quand on voyage seul, il faut des habitudes et il faut qu’elles deviennent des obsessions. Ailleurs doit être organisé comme si l’on devait y passer sa vie entière, dans un abandon complet : lieux, gestes, parcours, commerces, points de repos, de vue et de méditation, tout exige d’être rapidement et instinctivement reconnu, apprivoisé, adopté, répété – comme dans une langue nouvelle où chaque mot doit être appris, si l’on ne veut perdre la sienne.
Je n’aime pas ceux qui utilisent la presse comme surface publicitaire, ceux qui s’en servent comme d’un domestique ou d’une arme tactique, ceux qui l’aiment tant qu’elle les flatte, ceux qui la menacent quand elle les dévoile, ceux qui la voudraient meilleure qu’ils ne sont, ceux qui la voudraient parfaite, ceux qui la paient ou qui se la paient. Je n’aime pas ceux qui lui font la morale, ceux qui étalent dedans leur immoralité et s’y barbouillent de contradictions, ceux qui y font carrière.
Je préfère les ténèbres grises de la normalité. Leur familiarité m’inquiète. J’aime leur tiédeur et l’angoisse épouvantablement discrète qu’elles diffusent. C’est le bain dans lequel je peux jouer à Archimède, me détendre, me noyer. Il m’arrive de remonter en surface – mais pourquoi ? J’écris en flottant.
Vivre dans les phrases n’était pas drôle, vivre en dehors devait l’être encore moins, en parler avec qui les avait lues ne l’était plus du tout. Il y avait dans l’artisanat littéraire quelque chose d’indispensable et d’inutile. Peut-être devenait-il un art quand le ridicule d’écrire se transformait en acte discrètement tragique.
Je voulais écrire une histoire « réelle », mais je ne crois pas à la séparation entre réalité et fiction. Je ne crois qu’à la fiction. Je crois à sa bonne foi, à sa mauvaise foi, à ses clartés, à ses obscurités, à tout ce qu’on veut du moment qu’on s’y soumet.