Il fallait aimer les tuyaux car, s'ils vous violaient, c'était pour votre bien. Ils vous apportaient l'eau, le sucre, la nourriture, les traitements, les somnifères, et finalement la vie, la survie et le soulagement. C'étaient des tyrans bienveillants.

À lire aussi de Philippe Lançon

Ils n'appartenaient pas au monde culturel et en ignoraient la malveillante bienséance.
S'il y a une chose que cet attentat m'a rappelée, sinon apprise, c'est bien pourquoi je pratique ce métier dans ces deux journaux - par esprit de liberté et par goût de la manifester, à travers l'information ou la caricature, en bonne compagnie, de toutes les façons possibles, même ratées, sans qu'il soit nécessaire de les juger.
J'aime les femmes dans la mesure où elles résistent à tout ce que les hommes attendent d'elles - où elles les menacent dans leurs attentes.
Je préfère les ténèbres grises de la normalité. Leur familiarité m’inquiète. J’aime leur tiédeur et l’angoisse épouvantablement discrète qu’elles diffusent. C’est le bain dans lequel je peux jouer à Archimède, me détendre, me noyer. Il m’arrive de remonter en surface – mais pourquoi ? J’écris en flottant.
Je n’aime pas ceux qui utilisent la presse comme surface publicitaire, ceux qui s’en servent comme d’un domestique ou d’une arme tactique, ceux qui l’aiment tant qu’elle les flatte, ceux qui la menacent quand elle les dévoile, ceux qui la voudraient meilleure qu’ils ne sont, ceux qui la voudraient parfaite, ceux qui la paient ou qui se la paient. Je n’aime pas ceux qui lui font la morale, ceux qui étalent dedans leur immoralité et s’y barbouillent de contradictions, ceux qui y font carrière.
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écrire est la meilleure manière de sortir de soi-même, quand bien même ne parlerait-on de rien d'autre que de soi.
Etais-je, à cet instant, un survivant ? Un revenant ? Où étaient la mort, la vie ? Que restait-il de moi ? Je ne pensais pas ces questions de l'extérieur, comme des sujets de dissertation. Je les vivais. Elles étaient là, par terre, autour de moi et en moi, concrètes comme un éclat de bois ou un trou dans le parquet, vagues comme un mal non identifié, elles me saturaient et je ne savais qu'en faire. Je ne le sais toujours pas…
Je parlais aux morts bien plus qu'aux vivants puisqu'en ces jours-là, je me sentais proche des premiers, et même un peu plus que proche : j'étais l'un d'eux
J'étais devenu ce que Pascal aurait appelé un demi-habile: assez informé pour être un patient impatient et méfiant, pas assez informé pour percevoir la nature des obstacles et la lenteur des résolutions. Le peu que je savais accentuait ma solitude. Il arrive toujours un moment où le patient devient son meilleur ennemi.
On n'échappe pas à l'enfer dans lequel on est, on ne le détruit pas.