Il y a des prisons où quatre-vingts pour cent des détenus présentent des tatouages. Les tatoués qui ne se trouvent pas en prison sont des criminels latents ou des aristocrates dégénéras. Quand un tatoué meurt en liberté, c’est qu'il est mort quelques années avant d’avoir commis un meurtre.

À lire aussi de Adolf Loos

La pulsion qui pousse quelqu’un à ornementer son visage et tout ce qui peut s'atteindre est le tout premier commencement des arts plastiques. C'est le balbutiement de la peinture.
Les temps barbares où ont été amalgamés oeuvres d'art et objets usuels sont définitivement révolus. Pour le salut de l'art. Car le dix-neuvième siècle se verra un jour consacrer un grand chapitre de l’histoire de l'humanité : nous lui sommes redevables de cet exploit d’avoir amené la rupture claire et nette entre art et artisanat.
J'avoue la vérité que voici pour l’offrir au monde : l'évolution de la culture est synonyme d’une disparition de l’ornement sur les objets d'usage. Je croyais apporter ainsi à ce monde une joie neuve, et il ne m’en a pas remercié. Je fus pris de tristesse, et les têtes se baissèrent. Ce qui accablait, c'était de savoir qu’on ne pourrait pas produire de nouvel ornement.
Ce travail de pure décoration a représenté, de tout temps, une dilapidation de la santé et de l’énergie humaine. De nos jours, il représente en outre une dilapidation de matières premières. Aucun avantage, aucun besoin ne justifie plus cette double destruction de richesse. L’ornement n’étant plus rattaché à notre culture par aucun lien organique, a cessé d’être un moyen d’expression de notre culture. L’ornement qu’on fabrique aujourd’hui n’est plus le produit vivant d’une société et d’une tradition ; c’est une plante sans racines, incapable de se développer et de se reproduire.
Au surplus, je prendrai mon parti de toutes les tentatives qu’on fait pour rendre à l’ornement une vie artificielle, si l’esthétique seule était en jeu. Ces tentatives sont condamnées dès leur naissance : aucune force au monde, pas même celle de l’État, ne peut arrêter le développement de la culture humaine. C’est une question de temps. Ce qui m’enrage, ce n’est pas le dommage esthétique, c’est le dommage économique qui résulte de ce culte dérisoire du passé. On gâche, à fabriquer des ornements, des matériaux, de l’argent et des vies humaines. Voilà le mal véritable, voilà le crime en présence duquel on n’a pas le droit de se croiser les bras.
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Dans la même œuvre

Ne chercher la beauté que dans la forme, ne pas la faire dépendre de l’ornement, c’est là le but vers lequel tend l’humanité entière.
Que veut donc l'architecture au juste ? Il veut, en s'aidant de matériaux, susciter en l'homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s'y sentir à l'aise. Comment fait-on cela ? On cherche quels bâtiments ont déjà été autrefois capables de susciter ces sentiments. C'est à eux qu'il faut se rattacher. Car toute sa vie, l'homme a prié dans certains espaces, bu dans certains espaces. Ce sentiment lui est inculqué, il n'est pas inné. En toute logique, l'architecte qui prend véritablement son art au sérieux doit tenir compte de ces sentiments inculqués.
Que veut donc l'architecture au juste ? Il veut, en s'aidant de matériaux, susciter en l'homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s'y sentir à l'aise.
L'architecte ne crée pas seulement pour son temps, la postérité devra aussi avoir droit à jouir de son oeuvre.
Mais un édifice dont tous les détails, jusqu'aux moindres cadres de serrures, sortent d'une seule et même tête pers toute fraîcheur et devient ennuyeux.