Ne chercher la beauté que dans la forme, ne pas la faire dépendre de l’ornement, c’est là le but vers lequel tend l’humanité entière.

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Les temps barbares où ont été amalgamés oeuvres d'art et objets usuels sont définitivement révolus. Pour le salut de l'art. Car le dix-neuvième siècle se verra un jour consacrer un grand chapitre de l’histoire de l'humanité : nous lui sommes redevables de cet exploit d’avoir amené la rupture claire et nette entre art et artisanat.
Ce n'est ni un être humain ni une association qui nous a crée nos armoires, nos coffrets à cigarettes, nos bijoux. C'est le temps qui les a crées. Ils changent d'année en année, de jour en jour, d'heure en heure. Car nous-mêmes changeons d’heure en heure, nous, nos vues, nos habitudes. De ce fait, notre culture évolue.
Mais un édifice dont tous les détails, jusqu'aux moindres cadres de serrures, sortent d'une seule et même tête pers toute fraîcheur et devient ennuyeux.
Je supporte les tatouages des Cafres, les ornements des Persans, des paysannes slovaques, les dessins de mon cordonnier. Ils n’ont, les uns et les autres, que l’ornement pour embellir et exalter leur vie. Nous, les aristocrates, nous avons notre art moderne, l’art qui a remplacé l’ornement. Nous avons Rodin et Beethoven.
Chaque siècle, disait-on, a eu son style : serons-nous seuls à n’avoir pas de style ?” On parlait de style, et on entendait l’ornement. Alors j’ai commencé ma prédication. J’ai dit aux affligés : “Consolez-vous. ouvrez les yeux, et voyez. Ce qui fait justement la grandeur de notre temps, c’est qu’il n’est plus capable d’inventer une ornementation nouvelle. Nous avons vaincu l’ornement : nous avons appris à nous en passer. Voici venir un siècle neuf où va se réaliser la plus belle des promesses. Bientôt les rues des murs resplendiront comme des grands murs tout blancs. La cité du XXè siècle sera éblouissante et nue, comme Sion, la ville sainte, la Capitale du ciel
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Que veut donc l'architecture au juste ? Il veut, en s'aidant de matériaux, susciter en l'homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s'y sentir à l'aise. Comment fait-on cela ? On cherche quels bâtiments ont déjà été autrefois capables de susciter ces sentiments. C'est à eux qu'il faut se rattacher. Car toute sa vie, l'homme a prié dans certains espaces, bu dans certains espaces. Ce sentiment lui est inculqué, il n'est pas inné. En toute logique, l'architecte qui prend véritablement son art au sérieux doit tenir compte de ces sentiments inculqués.
Que veut donc l'architecture au juste ? Il veut, en s'aidant de matériaux, susciter en l'homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s'y sentir à l'aise.
L'architecte ne crée pas seulement pour son temps, la postérité devra aussi avoir droit à jouir de son oeuvre.
Mais un édifice dont tous les détails, jusqu'aux moindres cadres de serrures, sortent d'une seule et même tête pers toute fraîcheur et devient ennuyeux.
Nous avons une sensibilité plus fine que celle des hommes de la Renaissance, qui pouvaient encore couper leur viande sur fond de scènes mythologiques. Une sensibilité plus fine aussi que celle des hommes de l’époque rococo, nullement incommodés si la coupe, à travers le décor oignon bleuté, prenait une couleur vert-de-gris peu ragoûtante. Nous préférons manger sur fond blanc. En ce qui nous concerne, nous. Les artistes, eux, sont d'un autre avis.