Un m'as-tu vu est un homme qui s'habille avec l'intention expresse de se distinguer de son milieu. Il en appellera tantôt à l'étique, tantôt à l'hygiène, tantôt à l'esthétique pour justifier son sot comportement.
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Ce travail de pure décoration a représenté, de tout temps, une dilapidation de la santé et de l’énergie humaine. De nos jours, il représente en outre une dilapidation de matières premières. Aucun avantage, aucun besoin ne justifie plus cette double destruction de richesse. L’ornement n’étant plus rattaché à notre culture par aucun lien organique, a cessé d’être un moyen d’expression de notre culture. L’ornement qu’on fabrique aujourd’hui n’est plus le produit vivant d’une société et d’une tradition ; c’est une plante sans racines, incapable de se développer et de se reproduire.
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Alors soit, l'épidémie de l’ornement est reconnue officiellement et subventionnée par des fonds d'État. Mais pour ma part, j'y vois une régression. Je récuse l'objection selon laquelle l'ornement accroît la joie de vivre d’un homme civilisé, je récuse l'objection qui s'habille des mots que voici : « Mais si l'ornement est beau… ! » Pour moi, et avec moi pour tous les gens cultivés, l'ornement n’accroît pas la joie de vivre.
Un homme moderne qui se tatoue est un criminel ou un dégénéré. Dans beaucoup de prisons, la proportion de tatoués s’élève à quatre-vingts pour cent. Les tatoués qui vivent en liberté sont des criminels latents ou des aristocrates dégénérés. Il arrive que leur vie semble irréprochable jusqu’au bout. C’est qu’ils sont morts avant leur crime.
Ce n'est ni un être humain ni une association qui nous a crée nos armoires, nos coffrets à cigarettes, nos bijoux. C'est le temps qui les a crées. Ils changent d'année en année, de jour en jour, d'heure en heure. Car nous-mêmes changeons d’heure en heure, nous, nos vues, nos habitudes. De ce fait, notre culture évolue.
Que veut donc l'architecture au juste ? Il veut, en s'aidant de matériaux, susciter en l'homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s'y sentir à l'aise. Comment fait-on cela ? On cherche quels bâtiments ont déjà été autrefois capables de susciter ces sentiments. C'est à eux qu'il faut se rattacher. Car toute sa vie, l'homme a prié dans certains espaces, bu dans certains espaces. Ce sentiment lui est inculqué, il n'est pas inné. En toute logique, l'architecte qui prend véritablement son art au sérieux doit tenir compte de ces sentiments inculqués.
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Ne chercher la beauté que dans la forme, ne pas la faire dépendre de l’ornement, c’est là le but vers lequel tend l’humanité entière.
Que veut donc l'architecture au juste ? Il veut, en s'aidant de matériaux, susciter en l'homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s'y sentir à l'aise. Comment fait-on cela ? On cherche quels bâtiments ont déjà été autrefois capables de susciter ces sentiments. C'est à eux qu'il faut se rattacher. Car toute sa vie, l'homme a prié dans certains espaces, bu dans certains espaces. Ce sentiment lui est inculqué, il n'est pas inné. En toute logique, l'architecte qui prend véritablement son art au sérieux doit tenir compte de ces sentiments inculqués.
Que veut donc l'architecture au juste ? Il veut, en s'aidant de matériaux, susciter en l'homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s'y sentir à l'aise.
L'architecte ne crée pas seulement pour son temps, la postérité devra aussi avoir droit à jouir de son oeuvre.
Mais un édifice dont tous les détails, jusqu'aux moindres cadres de serrures, sortent d'une seule et même tête pers toute fraîcheur et devient ennuyeux.