La vie de la vraie littérature est beaucoup plus puissante. C'est l'unique possibilité de toucher à la vie. C'est aussi, à l'opposé, l'obligation pour l'écrivain de créer la vie dans un sens bouleversant, de dégager la vie dans chaque syllabe, une vie qui n'était pas disponible, pas touchable ailleurs.
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Il évoqua ces voyages que l'on fait en chemin de fer, simple passager emporté dans un état de joyeuse lassitude, délivré de tout, y compris de l'obligation de regarder ce qui se présentait à l'extérieur des vitres. Il suffisait de respirer, d'inspirer les parfums emportés par le vent de la marche. De savoir qu'il y avait là tant de choses et qu'elles vous étaient offertes.
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Si elle pouvait seulement être assise dans un parc, lire le journal, nourrir les moineaux. Cela existe-t-il là où elle vit ? [...] Ai-je évoqué les quelques massifs de fleurs telles des pelotes d'épingles multicolores ?
Je ne voyais pas pourquoi il me fallait peiner à l'école, tout comme plus tard je n'eus pas la concentration nécessaire pour faire des études et obéir à une discipline de vie et de travail. Il y avait toujours quelque chose qui me retenait. Je déviais toujours. En fait je n'ai pas fui les mariages et les emplois, j'ai simplement dévié. Je ne pouvais vivre qu'en transit, ou bien entre deux chaises, comme on dit. Dès que j'étais installé dans un appartement ou un emploi, les choses perdaient leur saveur. Je connaissais tout d'avance, et ce monde connu s'étendait devant moi comme un désert. Comme je m'ennuyais !
Je pense que j'ai grandi pratiquement sans famille et que je me suis créé moi-même.
Ces tâtonnements, étonnements, dénominations, cet essai d'épeler la réalité est, bien sûr, voué en fin de compte à l'échec, c'est un coup de projecteur désespéré, un peu comme si l'on cherchait à allumer un dernier bout de chandelle dans un caveau aussi vaste que l'univers et qu'à la seule lueur de ce bout de chandelle le monde se mît à exister.
Dans la même œuvre
Il n'avait pas remarqué ses yeux dont le bleu était singulier, un bleu de glace en ébullition, eût-on dit.
Mieux vaut la froideur que la comédie.
Il ne savait rien d'elle, ne la comprenait pas. Son double visage, ce mélange de pureté et de méchanceté, le mettait mal à l'aise ; ses yeux, cette façon qu'ils avaient de fixer interminablement le vide puis de devenir soudain brûlants et expressifs le déconcertaient.
Chaque fois qu'on la regardait, ses yeux et sa bouche semblaient réagir comme s'il s'était agi d'un contact physique, ils avaient ce léger mouvement de recul qu'ont les animaux effarouchés et en même temps ses sourcils se soulevaient, ses yeux s'arrondissaient, sa bouche frémissait légèrement. Le visage était perpétuellement en mouvement, il n'avait pas encore appris à feindre l'impassibilité.
Le clair-obscur qui régnait dans les entrailles de cette forêt hivernale faisait à Stolz l'effet d'une brutale alternance de chaleur et de froid.