Chaque fois qu'on la regardait, ses yeux et sa bouche semblaient réagir comme s'il s'était agi d'un contact physique, ils avaient ce léger mouvement de recul qu'ont les animaux effarouchés et en même temps ses sourcils se soulevaient, ses yeux s'arrondissaient, sa bouche frémissait légèrement. Le visage était perpétuellement en mouvement, il n'avait pas encore appris à feindre l'impassibilité.

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Mon voisin enseignait donc là et se dépensait, disait-on, sans compter, tel un orateur sur une barricade, avec une impétuosité, une fougue, un talent d'agitateur qui n'étaient pas prévus par son contrat de travail mais grâce auxquels les élèves semblaient apprécier ce maître qui, autant par son allure bohème que par ses talents d'éloquence, tranchait sur les autres représentants du corps professoral.
Quand on vit longtemps dans la rue, le monde est plein d'interdits. On vit en liberté mais on vit comme en quarantaine, intouchable comme sous une cloche de verre que l'on transporte avec soi.
La vie, ça se perd ou ça se conquiert. Moi je suis à sa recherche. Lorsque je précise que je cherche la vie, je veux dire que je cherche à devenir vivant, à être réveillé, un éveil, oui, un éveil. Me réveiller de cet état de confusion, d'incertitude, d'ennui, de mélancolie, de désespoir, de léthargie, où je me débats pour conquérir la réalité ?
Le chien vient au monde, et quelques semaines plus tard il appartient à un maître, il devient son attente impatiente. Il connaît le code du bien et du mal qui lui a été inculquée, et par conséquent la mauvaise conscience, il peut être accablé. Sa joie, ce sont les louanges du maître. Il n'en ai jamais rassasié. Il veut tout partager avec son maître, même la nourriture, même le restaurant enfumé, ses amis, ses ennemis. Il jouit d'une confiance aveugle. Devant son chien, le maître se montre complètement nu.
J'ai toujours pensé que la Suisse préfigurait ce qui allait nous arriver en Europe, c'est-à-dire une mort vivante par étouffement dans un matérialisme total. Avec, en lieu et place de la politique et de la création, l'administration et la frustration.
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Dans la même œuvre

Il n'avait pas remarqué ses yeux dont le bleu était singulier, un bleu de glace en ébullition, eût-on dit.
Mieux vaut la froideur que la comédie.
Il évoqua ces voyages que l'on fait en chemin de fer, simple passager emporté dans un état de joyeuse lassitude, délivré de tout, y compris de l'obligation de regarder ce qui se présentait à l'extérieur des vitres. Il suffisait de respirer, d'inspirer les parfums emportés par le vent de la marche. De savoir qu'il y avait là tant de choses et qu'elles vous étaient offertes.
Il ne savait rien d'elle, ne la comprenait pas. Son double visage, ce mélange de pureté et de méchanceté, le mettait mal à l'aise ; ses yeux, cette façon qu'ils avaient de fixer interminablement le vide puis de devenir soudain brûlants et expressifs le déconcertaient.
Le clair-obscur qui régnait dans les entrailles de cette forêt hivernale faisait à Stolz l'effet d'une brutale alternance de chaleur et de froid.