eut-être le talent a-t-il été donné à l'homme pour le consoler de ne pas avoir partie liée avec le divin. Avoir un don est la moindre des compensations. Le don est cette petite chose attrayante qui fait de vous un géant aux yeux des imbéciles sans, pour autant, vous rassurer vous-mêmes.

À lire aussi de Georges Picard

« J'écris, donc je suis » peut fonder une éthique de l'existence personnelle.
Le plus beau de l'écriture, c'est cette tension entre ce qui est écrit et ce qui est à écrire, c'est l'usage d'une liberté qui prend ses risques en laissant ses traces.
Écrire oblige à choisir parmi des amas d'idées initialement vagues celles qui trouveront leur densité dans les limites de la syntaxe et du style. Comme l'ont pensé maintes sociétés de tradition orale, l'écriture piège celui qui s'en sert - qui s'enserre, justement, dans une formulation dont il doit ensuite répondre, ne serait-ce qu'à l'égard de lui-même.
Un peu de folie sauve, alors que le refus buté de toute folie rend fou à coup sûr.
Un projet a pour seule positivité de maintenir l'esprit sous tension en évitant le relâchement déprimant consécutif à tout accomplissement.
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Dans la même œuvre

Gratter un sol aride ne sert qu'à faire lever la poussière.
La hantise de se distinguer, intellectuellement ou par ses moeurs, m'a toujours semblé aussi vulgaire que vaine. Aujourd'hui où tout le monde aspire à l'exception, l'originalité consisterait plutôt à s'accommoder des routines et des conventions ou, en tout cas, à en donner l'apparence.
Le génial n'est-il pas, après coup, de l'absurde domestiqué ?
Non, le génie ne s'attrape pas. Il accable.
On dit parfois que le travail prépare le génie : sottise ! Tolstoï : « Seul un être privé de raison comme la fourmi de la fable peut élever le travail au rang de vertu » .