En quittant l'enfance, on apprend à ne plus contenter sa faim dès qu'elle apparait. Personne n'apprend à différer le moment d'étancher sa soif. Quand celle-ci surgit, on l'invoque comme l'urgence indiscutable. On interrompt son activité quelle qu'elle soit, on cherche de quoi boire.

À lire aussi de Amélie Nothomb

Mon tonneau des Danaïdes ne cessait de se remplir de chiffres que mon cerveau percé laissait fuir.
Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n'en ont pas? Cette différence a un nom: c'est la vie. La vie commence là où commence le regard.
J'ai toujours aimé être à l'abri tandis que la pluie redouble. C'est une sensation merveilleuse. On l'associe un peu sottement à la sérénité. En vérité, c'est une situation de plaisir. Le bruit de la pluie exige un toit comme caisse de résonance : être sous ce toit, c'est la meilleure place pour apprécier le concert. Partition délicieuse, subtilement changeante, rhapsodique sans esbroufe, toute pluie tient de la bénédiction.
J'ignore ce qu'est la réussite d'une histoire d'amour, mais je sais ceci : il n'y a pas d'échec amoureux. C'est une contradiction dans les termes. Éprouver l'amour est déjà un tel triomphe que l'on pourrait se demander pourquoi l'on veut davantage.
Pas besoin d'être grand clerc ni d'avoir beaucoup vécu pour remarquer que l'amour n'est pas la spécialité des humains.
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Pour éprouver la soif, il faut être vivant.
On n'apprend des vérités si fortes qu'en ayant soif, qu'en éprouvant l'amour et en mourant : trois activités qui nécessitent un corps.
Se sentir plus intelligent qu'autrui est toujours le signe d'une déficience.
Rien n'est plus irritant que ces gens qui, sous prétexte qu'ils vous aiment, prétendent vous connaître par coeur.
L'amour concentre la certitude et le doute : on est sûr d'être aimé autant qu'on en doute, non pas tour à tour, mais en une simultanéité déconcertante.