Œuvre
Métaphysique des tubes (2000)
Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n'en ont pas? Cette différence a un nom: c'est la vie. La vie commence là où commence le regard.
Le regard est un choix. Celui qui regarde décide de fixer sur telle ou telle chose et donc forcément d'exclure de son attention le reste de son champ de vision. C'est en quoi le regard, qui est l'essence de la vie, est d'abord un refus.
Le souvenir est l'un des alliés les plus indispensables de la volupté.
Pourquoi les dieux seraient-ils immortels? En quoi l'immortalité rendrait-elle divin? La pivoine est-elle moins sublime du fait qu'elle va faner?
La meilleure raison, pour se suicider, c'est la peur de la mort.
Regarde donc. Regarde de tous tes yeux. La vie, c'est ce que tu vois: de la membrane, de la tripe, un trou sans fond qui exige d'être rempli. La vie est ce tuyau qui avale et qui reste vide.
Parler est un acte aussi créateur que destructeur.
Le regard est un choix. Celui qui regarde décide de se fixer sur telle chose et donc forcément d'exclure de son attention le reste de son champ de vision. C'est en quoi le regard, qui est l'essence de la vie, est d'abord un refus.
Je ne savais pas encore que les amis étaient les meilleurs traîtres en puissance mais je savais que les choses les plus séduisantes étaient forcément les plus dangereuses.
Au commencement il n'y avait rien. Et ce rien n'était ni vide ni vague : il n'appelait rien d'autre que lui même. Et Dieu vit que cela était bon. Pour rien au monde il n'eût créé quoi que ce fût. Le rien faisait mieux que lui convenir : il le comblait.
Dire les choses à haute voix est différent : cela confère au mot prononcé une valeur exceptionnelle.
Ils deviennent de plus en plus stupides, ce qui les conforte dans leur idée d'être brillants car on n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Il m'arrive de penser que notre unique spécificité individuelle réside en ceci : dis moi ce qui te dégoûte et je te dirai qui tu es. Seules nos répulsions parlent vraiment de nous.
Le Christ marchait sur les eaux moi, je faisais monter le sol marin. A chacun ses miracles.
Un spectateur inculte et sincère qui entend du nô pour la première fois ne peut éprouver qu'un profond malaise, comme l'étranger qui mange pour la première fois l'âpre prune marinée au sel du petit-déjeuner traditionnel japonais.