Tu es celle par qui me vient le goût profond de vivre. Il ne faut pas craindre une telle phrase. Elle ne t'engage en rien. Le don que tu me fais est un vrai don - impossible à reprendre.
❧
En écrivant, j'accomplis un travail que personne ne m'a demandé de faire - à part bien sûr quelques herbes folles et le sourire infailliblement lumineux de mon père disparu.
◆
À lire aussi de Christian Bobin
Je voudrais arriver à la mort aussi frais qu'un bébé, et mourir avec cet étonnement des bébés qu'on sort de l'eau. L'émerveillement crée en nous un appel d'air. L'éternel s'y engouffre à la vitesse de la lumière dans un espace soudain vidé de tout.
La lecture, mes amis, c'est comme la parole d'amour ou comme Dieu le Père: jouissif en diable, charnel d'abord.
Le temps, j'en ai toujours eu besoin pour faire ce que j'avais à faire: rien.
Cette frontière-là, entre les lecteurs et les autres, est plus fermée encore que celle de l'argent. Celui qui est sans argent manque de tout. Celui qui est sans lecture manque du manque.
Dans la même œuvre
J'attends d'un poème qu'il me tranche la gorge et me ressuscite.
Un grand musicien est quelqu'un qui donne après plusieurs années de travail ce que donne le rossignol au premier jet de son chant. Il y aura toujours une pluie pour jouer du clavecin ou un merle pour composer une fugue.
Les livres sont des huttes pour les âmes, des mangeoires pour les oiseaux de l'éternel, des points de résistance. Je tends une main de papier à des êtres invisibles.
J'ai dans la poche un exemplaire des Pensées de Pascal. J'emporte parfois ce livre en cas d'attente, de famine ou de guerre trop longue quelque part.
La beauté est de la digitaline pour le coeur.