Depuis la mode des voyages dans les lunes, tout le monde sait ce qu'est un compte à rebours. C'est le 5, 4, 3, 2, 1, 0, qui précède le départ des fusées. Je ne sais quoi (sûrement un mauvais ange) me souffle que ce compte qui tend vers zéro pourrait bien être la définition même du progrès. Je me garderai comme de la peste de dire du mal de cette divinité qui, dans les âmes simples, a remplacé Monseigneur Dupanloup et nous couvre de frigidaires, de transistors, de machines à laver et autres automobiles. Je ne me donnerai pas non plus le ridicule de prétendre à une âme compliquée. Je veux simplement faire état d'une constatation personnelle, très terre à terre, et à qui je dénie par avance toute valeur d'enseignement.

À lire aussi de Jean Giono

L'émotion d'ailleurs, malgré la colère et l'apétit italien pour le mystère, avait coupé les jambes à Angélo. Il les sentait flageoler sous lui à chaque pas.
Les hommes, au fond, ça n'a pas été fait pour s'engraisser à l'auge, mais ça a été fait pour maigrir dans les chemins, traverser des arbres et des arbres, sans jamais revoir les mêmes; s'en aller dans sa curiosité, connaître.
L'innocence est toujours impossible à démontrer.
Elle a un caraco rouge à pois blancs, décoloré par la sueur sous les bras.
La grand-mère: Elle ne peut pas te faire de mal, mon petit. Puisqu'elle est morte. - Jean: Elle est plus que morte, grand-mère, elle est morte rien que pour moi.
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Dans la même œuvre

Que faut-il pour réussir ? De la bravoure ? De l'obstination ? De la chance ? Du génie ? Non : de la médiocrité. Quoi que produise le médiocre, c'est un produit qui s'adresse au plus grand nombre.
Il est sûr de son affaire, il a les qualités requises par la majorité des individus.
Disons tout de suite, par parenthèse, que je sais qu'il y a un problème démographique à résoudre, et qu'il faut loger les gens. Mais qu'on ne me dise pas que c'est le plus important ; le plus important est d'avoir sous nos yeux un monde dont l'aspect ne nous fasse pas vomir. On doit pouvoir construire de belles maisons. Les générations qui nous ont précédés l'ont fait ; sommes-nous donc si imbéciles, si incapables, que nous ne sachions plus le faire...
L'architecte a introduit dans le circuit des entrepreneurs qui introduisent des fournisseurs, des sociétés anonymes ne tardent pas à apparaître, et voilà constituée une de ces « Grandes Compagnies », une de ces invasions de barbares venus de l'intérieur, sous les pas desquelles l'herbe ne pousse plus. Tout est détruit, rasé, raclé ; quelqu'un s'insurge, défend un bel hôtel, un assemblage de pierres admirable, une porte monumentale, on l'abat sous les sarcasmes avec l'arme totale, l'imparable, celle à laquelle le primaire ne résiste pas : la nécessité de marcher avec son temps, et, s'il insiste, avec le mot « progrès » qui est la bombe atomique des raisonnements imbéciles.
Ce sont les sens qui rendent heureux, et non l'esprit spéculatif. Voilà les fondements de la culture. Il est nécessaire d'avoir un toit sur la tête, mais pas n'importe quel toit. Ou alors, qu'on ne nous parle plus du bonheur : qu'on comprenne une fois pour toutes que nos temps ont des fins inhumaines ; que nous avons lâché la proie pour l'ombre. Les grottes de Lascaux n'étaient pas n'importe quelles grottes.