Je voudrais maintenant avancer le postulat suivant : foncièrement, il y a « dignité » lorsqu’il y a capacité d’un majordome à ne pas abandonner le personnage professionnel qu’il habite. Des majordomes de moindre envergure abandonneront leur personnage professionnel en faveur du personnage privé à la moindre provocation. Pour ces gens-là, être un majordome, c’est comme de jouer dans une pantomime : une petite poussée, un léger choc, et la façade s’effondre, révélant l’acteur qu’elle masquait.
❧
Comment pouvez-vous décrire l'occultation des actes les plus infâmes comme une pénitence? Votre dieu chrétien se laisse-t-il corrompre si facilement par des souffrances volontaires et quelques prières ? Est-il si peu soucieux d'une justice laissée en suspens ?
◆
À lire aussi de Kazuo Ishiguro
Quand on est jeune, beaucoup de choses semblent ennuyeuses et sans vie. Mais en vieillissant, on s'aperçoit que ce sont les choses mêmes qui importent le plus.
Qui sait ce qui arrivera quand les hommes à la parole facile feront rimer d'anciens griefs avec un désir neuf de terre et de conquête.
Je suis un simple mortel, je ne le nie pas, mais je suis un chevalier bien entrainé et encouragé durant de longues années de ma jeunesse par le grand Arthur, qui m'a appris à affronter toutes sortes de défis avec enthousiasme, même lorsque la peur s'insinue jusque dans la moelle, car si nous sommes mortels, brillons du moins de tous nos feux aux yeux de Dieu pendant que nous marchons sur cette terre !
Il est peut-être temps, décidément, que j’envisage toute la question du badinage de façon un peu plus enthousiaste. Après tout, quand on y pense, ce n’est pas un centre d’intérêt si stupide – surtout s’il s’avère que le badinage est la clef de la chaleur humaine.
Dans la même œuvre
C'est bizarre la façon dont le monde oublie les gens et les évènements de la veille ou de l'avant veille. C'est comme une maladie qui nous atteint tous.
Je suis un simple mortel, je ne le nie pas, mais je suis un chevalier bien entrainé et encouragé durant de longues années de ma jeunesse par le grand Arthur, qui m'a appris à affronter toutes sortes de défis avec enthousiasme, même lorsque la peur s'insinue jusque dans la moelle, car si nous sommes mortels, brillons du moins de tous nos feux aux yeux de Dieu pendant que nous marchons sur cette terre !
C'est si loin à présent, comme un oiseau qui s'envole et devient un point dans le ciel. Mais notre fils a été témoin de cette amertume, à un âge trop avancé pour se laisser berner par de douces paroles, et trop jeune cependant pour connaître les étranges circonvolutions de nos coeurs.
A quoi servirait un souvenir surgi de la brume s'il se contente d'en chasser un autre?
Mais, là encore, je me demande si ce que nous éprouvons aujourd'hui au fond de notre coeur ne ressemble pas à ces gouttes qui dégringolent des feuillages gorgés d'eau au-dessus de nos têtes, alors que la pluie a cessé depuis longtemps. Je me demande si, sans nos souvenirs, notre amour est destiné à s'estomper et à mourir.