C'était ça, la jeunesse, songea-t-il, des rêves, des illusions, la vie présentée comme un chatoyant mirage... Une publicité clinquante vendue par une agence de voyages pour un séjour qui se révélerait très éloigné du prospectus... Et aucun bureau de réclamations en vue.

À lire aussi de Bernard Minier

Il n'y a que la poésie pour dire l'incapacité de l'homme à appréhender le sens de notre passage sur cette terre, dit-il. Et pourtant, si on lui donne le choix, l'humanité préférera toujours le football à Victor Hugo.
Quelques étoiles commençaient à percer, brillantes comme si on les avait astiquées. Les illuminations de Noël formaient des coulées de lave scintillante dans la rue mais toute cette agitation lui parut dérisoire dans le regard immémorial des Pyrénées. Même le crime le plus atroce devenait petit, ridicule, face à l'éternité colossale des montagnes. Guère plus qu'un insecte écrasé sur une vitre.
L'orque nomade est le plus cruel des mammifères marins mais l'homme nomade est le plus cruel des mammifères tout court.
L'atmosphère avait changé. Tant de pression et tant de peur. L'heure des aveux. Elle approchait. Les aveux spontanés, les aveux bidon, les aveux véridiques, les aveux fantaisistes, les aveux extorqués... J'avoue parce que ça me soulage du fardeau de ma culpabilité, j'avoue parce que j'en ai marre, parce que je suis trop fatigué, trop impuissant, parce que j'ai une envie irrésistible d'aller pisser, j'avoue parce que ce sale type, là, n'arrête pas de me souffler son haleine infecte à la figure, j'avoue parce qu'il me rend cinglé, avec ses hurlements, et parce qu'il me fait peur, j'avoue parce que c'est ce qu'ils veulent tous, dans le fond, et parce que je vais finir par faire une crise cardiaque, un infarctus du myocarde, une hypoglycémie, une insuffisance rénale, une épilepsie..
C'était l'avantage d'avoir des ados pour cible : Internet était le centre de leur monde. Contrairement aux gens de sa génération, il ne constituait pas pour eux un domaine périphérique, mais bien le coeur de leur activité, de leurs affects et de leur existence. L'endroit où tout se passait, où ils se confiaient, se faisaient de nouveaux amis, stockaient leurs infos les plus personnelles et se mettaient à nu. Il était impensable qu'un ado de seize ans n'eût pas recours à Internet pour communiquer et exister.
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Dans la même œuvre

Les morts ne parlent pas. Les morts ne pensent pas. Les morts sont morts, tout simplement. Mais la seule vraie tombe, c'est l'oubli, songea-t-il.
Il songea que deux mondes coexistaient sans se mêler, comme l'huile et l'eau: celui de la vie, de l'insouciance , de la jeunesse et de l'espoir ; et celui de la maladie, de la souffrance, du déclin et de la mort. Tout un chacun, tôt ou tard , était amené à connaitre les deux, mais certaines professions - infirmières, pompiers, pompes funèbres, flics ...- passaient chaque jour de l'un à l'autre.
L'empathie n'est souvent qu'une forme détournée de l'autoapitoiement.
Il considérait que les meilleurs livres demandent des efforts et que, plus globalement, tout ce qui est obtenu facilement est vain et sans valeur.
Ce soir-là, il se replongea dans la lecture d'Erik Lang. Une fois de plus, il sentit les mots de l'écrivain le prendre et l'emporter vers des territoires où régnaient la nuit et le crime. Une fois de plus, le même sentiment de malaise et de fascination mêlés l'étreignit au fil des pages. Dans la bulle de lumière de la lampe, les mots, les scènes, les personnages sortaient du livre et dansaient une ronde autour de lui.