C'est pour quand mon mariage ? Et surtout avec qui ? Je m'imagine déjà quelque part un homme, qui travaille ou qui flâne, mais qui vit et m'est destiné, sans pour autant le savoir ; ça me donne une drôle d'impression.

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Je ne suis pas peureuse. Je tiens le manque de courage pour un crime.
Je vivais avec Alain Delon. Mais je n'étais finalement pas la mère dont un homme comme lui avait peut-être besoin, pas la femme qui lui repriserait ses chaussettes, lui préparerait à manger et l'attendrait à la maison. J'étais une actrice et je voulais travailler. Pour la première fois de ma vie, le succès d'un autre me rendait jalouse.
L'homme que j'aimais disait toujours : « Laisse-toi donc un peu aller, abandonne-toi, saute à l'eau...» Il avait raison. Tout me débecte. Si seulement je pouvais tuer cette Autre. Un jour, j'y arriverai (...). Mais j'ai besoin d'une force (...). Il faudrait que quelqu'un de plus fort que moi me prenne en main, me redresse, me détruise de fond en comble. Mais un tel homme existe-t-il ?
La camaraderie qui unit une équipe pendant toute la durée d'un tournage, au-delà des couches sociales, donne souvent l'illusion d'une amitié et d'une proximité, qui s'arrêtent net sitôt le film achevé. Dès le clap de fin donné, on se retrouve avec l'impression d'assister à son propre enterrement.
C'était une face de la médaille : amour, passion, et un sentiment de liberté indomptable. J'ai découvert l'autre face plus tard. Quand la première ivresse fut passée. J'avais surestimé mes forces. Extérieurement, j'étais libre, naturellement. J'avais coupé les ponts derrière moi, j'étais partie pour Paris contre la volonté de ma mère et de mon beau-père, je vivais avec un homme auquel je n'étais pas mariée. Mais intérieurement ? On dit trop facilement : « Je me moque de ma famille. Je vis enfin ma vie.»
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C'est une sensation curieuse, quand je sors dans la rue maintenant. Parfois les gens se poussent du coude en disant : « N'est-ce pas Romy Schneider ?» Et ils me dévisagent. C'est agréable et agaçant à la fois. Je me sens tiraillée. Une fois je suis fière, une autre fois j'aimerais m'asseoir dans un bistrot et manger une saucisse sans que personne ne me regarde et ne m'examine pour voir comment je m'y prends et si je me tiens bien à table. Ou si au contraire je me tiens mal et pourquoi.
A vrai dire c'est un sale métier d'être actrice de cinéma. Actrice ! Il faut s'y donner de tout son coeur. Et, à un autre moment, il ne faut pas. On est assis ou debout, on crie, on pleure. Il faut se laisser aller, vivre la situation si on veut bien la rendre. En même temps, il faut garder ses distances, ne pas perdre la tête.
Je sais que je peux m'identifier au personnage que j'interprète. C'est comme un poison qu'on avale, auquel on s'habitue et qu'on maudit en même temps.
Je ne suis pas peureuse. Je tiens le manque de courage pour un crime.
On ne peut espérer tout avoir. Le succès a un prix qu'il faut payer.