Je trouverais curieux de me servir du roman pour faire passer des messages d'ordre politique, même si j'évoque de multiples courants politiques.
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C'est peut être ça la vie, ou ce qu' elle finit par être la plupart du temps : répéter en vue d'une représentation que l'on ne jouera jamais.
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À lire aussi de Arundhati Roy
L'être humain est une créature d'habitude, leur dit-elle, il est capable de se faire à tout, même aux choses les plus incroyables.
Toutes les familles connaissent ça : chacun appuie là où il sait faire mal, comme un docteur un peu sadique.
Pendant l'année où elle le fréquenta, elle découvrit un peu de magie en elle, et, l'espace d'un temps, se sentit comme un joyeux petit génie qu'un sortilège a libéré de sa lampe. Elle était peut-être trop jeune pour comprendre que ce qu'elle avait pris pour de l'amour n'était sans doute qu'une timide tentative pour s'accepter elle-même.
En tant que romancière, je ne veux surtout pas fixer de règles sur ce que la littérature doit être ou ne pas être. Jadis, les écrivains faisaient peur. On les décapitait. Aujourd'hui, les politiciens les récupèrent. Les livres ne sont plus que des produits marketing. Ce qui m'amuse, quand j'écris, c'est, à l'inverse du simple essai politique, d'explorer la multiplicité des formes littéraires que permet le roman.
Dans la même œuvre
L'idiotie intrinsèque, l'idée du Jihad, a infiltré le Cachemire à partir du Pakistan et de l'Afghanistan. À présent, avec vingt-cinq ans de recul, je dirais qu'à notre avantage nous avons huit ou neuf versions de l'islam "authentique" qui se combattent au Cachemire. Chacune d'elles a sa propre écurie de mollahs et de maulana...
La seule chose qui garde le Cachemire de l'autodestruction à la façon du Pakistan ou de l'Afghanistan, c'est son bon vieux capitalisme petit bourgeois. Si religieux soient-ils, les Cachemiris sont de grands hommes d'affaires. Et tous les hommes d'affaires, d'une manière ou d'une autre, ont intérêt à voir se prolonger le statu quo ou ce que nous appelons "processus de paix" qui, soit dit en passant, offre des opportunités commerciales très différentes de la paix à proprement parler.
A l'heure magique où la lumière survit au soleil, des armées de roussettes se décrochent des Banyans dans le vieux cimetière et dérivent comme fumée à travers le ciel. Quand les chauves-souris s'en vont, les corbeaux s'en viennent. Le vacarme de leur retour au nid ne suffit pas à combler le silence creusé par la disparition des moineaux et l'absence des vieux vautours à dos blanc, gardiens des morts depuis plus de cent millions d'années, qui ont été exterminés. Empoisonnés au diclofénac. Le diclofénac ou aspirine des vaches, administré au bétail comme décontractant pour atténuer les douleurs musculaires et augmenter la production de lait, agit -- ou plutôt agissait -- à la façon d'un gaz neurotoxique sur les vautours à dos blanc.
Seuls les morts sont libres.
Comment écrire une histoire brisée? En devenant peu à peu tout le monde. Non. En devenant peu à peu tout.