Aucune tâche n'est plus ardue que celle d'être l'ethnologue de sa propre tribu.
C'est un récit du début des temps, un temps avant le temps, avant le temps où on a commencé à compter le temps.
Tout petits, les enfants crient. Leurs voix n'est pas celle d'un humain. Elle est puissante, eux si menus, comme la corne de brume d'un paquebot. Ils appellent, on le sait ! Pas leur mère, elle est tout près, pourquoi crieraient-ils si fort ? Non, ils appellent au loin, ceux qu'ils ont aperçus dans l'entre-monde. Ils pleurent d'en être séparés.
Il faut prendre garde aux étrangers ; parmi eux se cachent des êtres d'exception
Lorsqu'un visiteur fait irruption dans notre monde, la lumière change de couleur, on ne sait plus d'où souffle le vent, les arbres – surtout les arbres, changent d'inclinaison et un son, presque imperceptible, une sorte de tintement, accompagne le pas des promeneurs
Les migrants, vois-tu, venus d'un monde oublié, fondateur d'un monde à venir, vivent dans le temps du mythe. Le récit de leur vie a la puissance des légendes antiques
La solitude d'un enfant – la vraie ! – lorsqu'il ne crie ni n'écoute, oui, c'est un appel de Dieu
Une vraie femme est comme la terre. Elle survit à ceux qui la piétinent
Les hommes remplacent si souvent la tristesse par la fureur ...
Mais l'enfant n'est qu'une manifestation de l'être. L'être était sans doute apparu avant, alors que mes parents ne s'étaient pas encore connus, ou même avant leur naissance, qui sait ?
Parfois la beauté est plus violente que la force.
Pour prier, chaque peuple est différent, mais pour se protéger de la mort, nous sommes tous semblables !
Notre amour de la mort, c'est la présence de Dieu. Tel est l'enseignement du Prophète. Et il répéta : – Tu dois aimer la mort ! Nino restait perplexe. La mort est une éventualité pour n'importe quel combattant. On tâche de l'éviter, on s'en protège. On peut certes désirer la mort de son ennemi ; on peut même tout mettre en œuvre pour le tuer… Mais que signifie « aimer la mort
Tu seras un grand roi si tu t'oublies ; tu seras oublié si tu te crois grand.
En Orient, la parole est faite pour chanter sur ses rêves et frémir à ses cauchemars, pas pour informer !
Souvent il se répétait cette phrase du Talmud que lui avait apprise l'oncle Élie : « Dieu a déversé dix mesures de paroles sur le monde. Les femmes en ont pris neuf et les hommes une seule. »
Je suis bien vieux. Quelquefois, je me demande si la mort m'a oublié.
Il y a bien des prisons, mon fils.... Celles entourées de murs ou l'on sait ce qui nous sépare du monde et celles si étendues qu'on n'en perçoit pas les limites. Le désert est aussi une prison - saurais-tu en trouver l'issue ? L'errance de celui qui ne sait plus poser les questions est pire que le désert.
Le désert est aussi une prison - saurais-tu en trouver l'issue ? L'errance de celui qui ne sait plus poser les questions est pire que le désert.
La femme est une panthère, forte d'être sauvage. Capturée, elle devient folle ou se laisse mourir.
Le traumatisme c'est comme une blessure, une blessure à l'âme. Il faut du temps pour consolider la cicatrice.
On peut fabriquer le vent, mais le souffle de vie vient de l'intérieur.
La sensation d'identité, je veux dire la sensation (l'illusion?) qu'on est identique à soi-même, qu'il existe un même soi qui était là hier et qui sera encore là demain, cette sensation se dilue. On peut affirmer que, de ce fait, la migration potentialise l'audace, mais aussi le désespoir.
Je suis certain aujourd'hui que la radicalité des jeunes gens que j'ai rencontrés résulte de la difficulté grandissante de nos sociétés à intégrer la différence – non pas celle du « semblable » dont on nous rabat les oreilles, mais de l'autre, vraiment autre, radicalement autre. Si nous persistons à partager un monde de « semblables », il faut nous attendre à ces conflits sans fin
Comme dit Louis Jouvet dans le film Les amoureux sont seuls au monde : « La première impression est toujours la bonne, surtout quand elle est mauvaise. »
Œuvres de Tobie Nathan