Œuvre
L'Évangile selon Youri
Tout petits, les enfants crient. Leurs voix n'est pas celle d'un humain. Elle est puissante, eux si menus, comme la corne de brume d'un paquebot. Ils appellent, on le sait ! Pas leur mère, elle est tout près, pourquoi crieraient-ils si fort ? Non, ils appellent au loin, ceux qu'ils ont aperçus dans l'entre-monde. Ils pleurent d'en être séparés.
Il faut prendre garde aux étrangers ; parmi eux se cachent des êtres d'exception
Lorsqu'un visiteur fait irruption dans notre monde, la lumière change de couleur, on ne sait plus d'où souffle le vent, les arbres – surtout les arbres, changent d'inclinaison et un son, presque imperceptible, une sorte de tintement, accompagne le pas des promeneurs
Les migrants, vois-tu, venus d'un monde oublié, fondateur d'un monde à venir, vivent dans le temps du mythe. Le récit de leur vie a la puissance des légendes antiques
La solitude d'un enfant – la vraie ! – lorsqu'il ne crie ni n'écoute, oui, c'est un appel de Dieu