Personne ne naît tout à fait salaud, petit Français. Le salaud, c'est parfois un gars formidable qui renonce.
L'amour est une chimie complexe, l'amitié est une construction raisonnée.
La tragédie, c'est gratuit. C'est sans espoir. Ce sale espoir qui gâche tout. Enfin, il n'y a plus rien à tenter. C'est pour les rois la tragédie.
Il existait. Pour moi, c'était suffisant. Je pensais que notre amitié se nourrissait de distance et je m'étais trompé.
La violence est une faiblesse.
J'ai cherché tout au fond. J'ai fermé les yeux pour les appeler à l'aide. Elles ne venaient pas. Elles baignaient mon ventre, mon coeur, mon âme. Elles refusaient mes joues.
L'antinationalisme ? C'est le luxe de l'homme qui a une nation.
Il a dit que je fermais les yeux lorsque je jouais. Et que mon violon devenait la colère. Et que c'était ma façon d'être. Et mon combat. Et ma beauté. Et mon courage. Et ma valeur.
Pour vivre avec le sourire de son mari dans un cadre de deuil, soigner son fils qui rentre au petit jour, tenir la main de son enfant au dernier souffle du jeûne, il faut un coeur barbelé. Et Sheila était de ces femmes.
Toute ma vie j'avais recherché les traîtres, et voilà que le pire de tous était caché dans mon ventre. Je ne l'avais pas vu venir celui-là.
Je n'avais pour exemple de père que l'absence du mien.
Ivre, il a dit un jour qu'un poseur de bombes était un poseur de questions. Le pub a ri. Moi pas. La bombe ne tue pas, elle profane le corps. Elle le dépèce et le lacère. Je ne suis même pas certain que l'âme lui survive.
Au nom de l'amitié, du respect et de la mémoire. Au nom de ce qui reste, de ce qui doit rester. Au nom de l'automne qui fane les regards.
Savez vous ce que disent les arbres lorsque la hache entre dans la forêt ? Regardez ! Le manche est l'un des nôtres !
Quel pays pour nous défendre ? L'Allemagne d'Hitler ? Bravo ! Quelle grande leçon de politique ! Soutenir tout ce que notre ennemi combat ? C'est ça ? La danse avec le diable pour le reste des temps ?
Vous ne savez pas. Personne ne sait ce qu'est un massacre. On ne raconte que le sang des morts, jamais le rire des assassins.
Tu es un élève et moi je suis un maître. Tu es un enfant et moi je suis un adulte. Et quand l'adulte fait un travail de maître, il doit apprendre des choses à l'élève et faire attention à l'enfant.
La sueur perlée agaçait mon dos en araignée lente.
Quand la campagne de l'IRA a officiellement cessé, en février 1962, huit des nôtres avaient été tués, six policiers avaient trouvé la mort et seules nos rivières couraient libres.
Il n'a jamais pensé qu'on pouvait aussi regarder le silence, qu'on pouvait voir le calme et la paix comme on regarde un lac.
Si tu jettes une pierre à travers la vitre d'un pub, tu blesses deux poètes et trois musiciens, dit le proverbe irlandais.
Pourtant la tristesse, en Irlande, c'est ce qui meurt en dernier.
C'est la faute à la misère, pas la faute à la vie, disait Tom.
Œuvres de Sorj Chalandon