Auteur

Roger Caillois

D'où l'homme tirera-t-il sa force, s'il n'entretient pas en soi la colère et l'appétit de plusieurs fauves?
Il est bon d'étonner, mais ... il faut étonner justement.
Il n'est pas pour la civilisation de danger plus redoutable que le fossé que l'on voit parfois s'élargir entre le discours et la coutume.
Il n'y a pas d'efforts inutiles, Sisyphe se faisait les muscles.
Je rends grâce à cette terre qui exagère tant la part du ciel.
L'artiste qui abdique le privilège de la création délibérée pour favoriser et capter de divines surprises ne parvient qu'à produire de l'accidentel.
La liberté n'existe que là où l'intelligence et le courage parviennent à mordre sur la fatalité.
La soumission implique la possibilité de l'arrogance et de la révolte: de la stabilité sort le mouvement.
Le bourreau et le souverain forment couple.
Le fantastique suppose la solidité du monde réel, mais pour mieux la ravager.
Le jeu n'a pas d'autre sens que lui-même.
Le monde abonde en alphabets hors d'usage, dont le code est perdu.
Le sacré est ce qui donne la vie et ce qui la ravit, c'est la source d'où elle coule, l'estuaire où elle se perd.
Nommer est toujours appeler, c'est déjà ordonner.
On ne doit pas attendre de l'éclair une clarté qui permette la contemplation.
Tout pouvoir vient d'une discipline et se corrompt dès qu'on en néglige les contraintes.
Pour Voltaire, la tragédie racinienne est un modèle; pour Racine, c'est une aventure.
Le filet d'eau douce qui subsistait en moi dès la première minute fut menacé de se perdre dans les eaux mêlées et nombreuses du savoir.
Il me semblait que ce qu'on pouvait écrire dépendait de tout, sauf de soi.
Dans l'immense vasière de la forêt vierge... chacun peut voir que les grands arbres y sont rares. On les remarque aussitôt par l'ivoire et par le poli de la mort. Ils restent debout, soutenus par les autres.
Le mot le plus péjoratif, cogitation... pour ce qu'il évoque à la fois de la mécanique, de stérile et d'inachevé. Elle me parut dans l'univers mental l'équivalent de la multiplication cancéreuse des cellules.
L'effervescence spéculative se développe sans l'amorce d'une responsabilité ni la crainte de la moindre sanction.
Je déteste les miroirs, la procréation et les romans, qui encombrent l'univers d'êtres redondants qui nous émeuvent en vain.
Je ne crois pas que quoi que ce soit d'important puisse s'exprimer en mots de plus de quatre syllabes.
Il manque quelque chose à l'homme qui ne s'est jamais senti éperdu.

Œuvres de Roger Caillois

Approches de l'imaginaire (1974)Art poétiqueAu coeur du fantastique (1965)Babel, orgueil, confusion et ruine de la littérature (1948)Cases d'un échiquierCirconstancielles 1940-1945 (1946)Esthétique généralisée (1962)Images, images...Instincts et sociétéL'Homme et le sacré (1939)L'Incertitude qui vient des rêvesLe Fleuve Alphée (1978)Les Appareils à sousLes Impostures de la poésieLes Jeux et les hommesNoé et autres textes (2009)Propos rapporté par Marguerite Yourcenar, réception à l'Académie française, janvier 1981.Quatre essais de sociologie contemporaine (1951)