Auteur

Renée Vivien

Pleurons avec la voix des femmes malheureuses - Sur la jeunesse morte et sur l'amour qui fuit - Malgré les bras tendus des tristes amoureuses.
Dans mon âme a fleuri le miracle des roses. - Pour le mettre à l'abri, tenons les portes closes.
Mon existence est comme un voyage accompli. - C'est le calme, c'est le refuge, c'est l'oubli.
Je défends mon bonheur, comme on fait des trésors, - Contre les regards durs et les bruits du dehors.
Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde, - Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix, - L'harmonie et le songe et la douleur profonde - Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.
Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles, - Je partage leur vie intense en les touchant. - C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles - De noble, de très doux et de pareil au chant.
Ecrivez-moi encore, encore... Je bois vos paroles comme si je les aspirais sur vos lèvres.
J'ai reçu le cher anneau avec une immense joie. Et le doux symbole de ces coeurs unis m'a rendue heureuse infiniment. Je me sens chaque jour plus fervemment éprise. Vous êtes en moi, vous êtes autour de moi, vous êtes devenue ma pensée même.
Je suis reconnaissante à la vie de m'avoir accordé un si beau bonheur, un rêve si extraordinaire. Car jamais un poète ne vécut un songe plus adorable: jamais aucun poète n'aura une aussi merveilleuse maîtresse. Je t'adore.
Voici descendre enfin sur nous la belle nuit - Si douce à qui se meurt, à qui se désespère,
Toute la poésie cachée qui était en moi s'est réveillée, dans la chaude lumière de ce radieux paysage, je sentais une émotion inconnue m'agiter, c'était le papillon de l'âme qui s'éveillait au fond de sa chrysalide et qui sentait palpiter ses ailes.
Je suis l'être qui domine et qui protège. Je t'aime d'un amour impérieux et doux. Je t'aime comme un amant et comme une soeur.
Je crus pendant une seconde qu'elle était devenue folle, elle aussi. Et je hurlai de joie, semblable à un Indien qui se venge. Elle ne se troubla point. Elle était habituée à mon humeur fantasque. Elle me méprisait trop pour me craindre.
J'ai si longtemps respiré l'air des forêts, l'air vibrant de neige, je me suis si souvent mêlée aux Blancheurs vastes et désertes, que mon âme est un peu l'âme des louves fuyantes.
Je tâchai de retrouver au fond de ma mémoire, plus épuisée qu'une coupe vide, quelques mots de prière... Et des pensées libidineuses vinrent me tourmenter, pareilles à de rouges diablotins.

Œuvres de Renée Vivien

A l'heure des mains jointes (1906), IntérieurLa Dame à la louve (1904)Lettre, à Amédée Moullé, 21 mai 1894Lettres à Kérimé, 1904Lettres à Kérimé, Contantinople, août 1905Lettres à Kérimé, début 1905Sillages (1908), Allons dans le soirSillages (1908), Chair des choses