Auteur

René François Armand Prudhomme, dit Sully Prudhomme

La justice est l'amour guidé par la lumière.
Qui peut dire : Mes yeux ont oublié l'aurore ? - Qui peut dire : C'est fait de mon premier amour ? - Quel vieillard le dira si son coeur bat encore, - S'il entend, s'il respire et voit encor le jour ?
Telles, je sens au coeur, quand tous les bruits du monde - Me laissent triste et seul après m'avoir lassé, - La présence éternelle et la douceur profonde - De mon premier amour que j'avais cru passé.
Que de fois la mère partage - Et ne garde pas sa moitié !
Souvent aussi la main qu'on aime, - Effleurant le coeur, le meurtrit ; - Puis le coeur se fend de lui-même, - La fleur de son amour périt.
Ici-bas tous les lilas meurent, - Tous les chants des oiseaux sont courts, - Je rêve aux étés qui demeurent - Toujours...
Si tu m'appartenais (faisons ce rêve étrange !), - Je voudrais avant toi m'éveiller le matin - Pour m'accouder longtemps près de ton sommeil d'ange, - Egal et murmurant comme un ruisseau lointain.
Je t'aime avec mon coeur ancien - - Je t'aime avec ce que mon être - A de plus fort contre la mort - je t'aime - Avec ce que j'ai d'immortel.
Le vrai de l'amitié, c'est de sentir ensemble ; - Le reste en est fragile, épargnons-nous l'adieu.

Œuvres de René François Armand Prudhomme, dit Sully Prudhomme

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