Pourquoi faire des adieux? - Le même sang change d'artères, - Les filles ont les yeux de leurs mères, - Et les fils le front des aïeux.
Auteur
René François Armand Prudhomme, dit Sully Prudhomme
Heureux les corps! - Ils ont la paix quand ils se couchent, - Et le néant quand ils sont morts.
Le noir sied à son front poli. - Et par ce front le chagrin même - Est embelli.
Vous dites que la gloire est l'estime de l'homme, - Et que la paix de l'âme est l'estime de Dieu.
Toute jeunesse vient des morts: - C'est dans une funèbre pâte - Que, toujours, sans lenteur ni hâte, - Une main pétrit les beaux corps - Tandis qu'une autre main les gâte.
Tantôt, rebelle injuste et jaloux, je la blesse - Et je sens dans mon coeur sourdre la cruauté. - Elle ne comprends pas, et je lui semble infâme. - Oh! que je serais doux si tu n'étais qu'une âme! - Ce qui me rend méchant, vois-tu, c'est ta beauté.
Qui sait mourir n'a plus de maître.
Il est bon d'apprendre à mourir - Par volonté, non d'un coup traître: - Souffre-t-on? c'est qu'on veut souffrir; - Qui sait mourir n'a plus de maître.
Les vivants sont muets, car sous ton aile immense, - Ils boivent le sommeil avec l'ombre du soir, - Lait sombre et merveilleux qu'aspirent en silence - Toutes lèvres à ton sein noir.
Mais patience! La rancune - Est l'âme du vieil Océan; - Depuis bien des retours de lune - Le déluge prend son élan.
Un parfum pénétrant comme un aveu d'amour.
Tout l'horizon n'est qu'un blême rideau; - La vitre tinte et ruisselle de gouttes; - Sur le pavé sonore et bleu des routes - Il saute et luit des étincelles d'eau.
Il est tombé pour nous le rideau merveilleux - Où du vrai monde erraient les fausses apparences, - La science a vaincu l'imposture des yeux, - L'homme a répudié les vaines espérances.
Il est plus d'un silence, il est plus d'une nuit - Car chaque solitude a son propre mystère.
Viennent les ans! J'aspire à cet âge sauveur - Où mon sang coulera plus sage dans mes veines, - Où les plaisirs pour moi n'ayant plus de saveur, - Je vivrai doucement avec mes vieilles peines.
L'azur de tes grands yeux m'est cher; - C'est un lointain que je regarde - Sans cesse et sans y prendre garde, - Un ciel de mer.
L'amitié n'a de sens que si elle prête à se prouver par un sacrifice.
Le vase où meurt cette verveine - D'un coup d'éventail fut fêlé.
Père avare d'amour n'est père qu'à moitié.
On a dans l'âme une tendresse. - Où tremblent toutes les douleurs, - Et c'est parfois une caresse. - Qui trouble, et fait germer les pleurs.
L'Indulgence est tendre, elle est femme. - Ceux qu'un faux pas, même expié, - Dans le monde à jamais diffame, - Lavent leur front dans sa pitié.
L'habitude est une étrangère - Qui supplante en nous la raison: - C'est une ancienne ménagère - Qui s'installe dans la maison.
Tout l'or de vos cheveux est resté dans mon coeur.
Le plaisir est borné, la douleur infinie, - Et Dieu seul la dispense à de justes degrés.
Il me semble qu'il n'y a, dans le domaine entier de la pensée, rien de si haut ni de si profond, à quoi le poète n'ait mission d'intéresser le coeur.
Œuvres de René François Armand Prudhomme, dit Sully Prudhomme
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