Auteur

Rainer Maria Rilke

Seul sur la terre, le chant célèbre et sanctifie.
Les oeuvres d'art sont d'une infinie solitude. Rien n'est pire que la critique pour les aborder. Seul l'amour peut y parvenir, les garder, être juste envers elles.
Etre aimé, c'est se consumer dans la flamme. Aimer, c'est luire d'une lumière inépuisable. Etre aimé, c'est passer; aimer, c'est durer.
Il faut se tenir au difficile. Tout ce qui vit s'y tient ... Il est bon d'être seul, parce que la solitude est difficile. Il est bon aussi d'aimer; car l'amour est difficile.
Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, beaucoup d'hommes et de choses, il faut sentir comment volent les oiseaux.
Voici le premier pressentiment de l'éternité: avoir du temps pour l'amour.
Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul, comme l'enfant est seul...
Les êtres jeunes, neufs en toutes choses, ne savent pas encore aimer; ils doivent apprendre. De toutes les forces de leur être, concentrées dans leur coeur qui bat anxieux et solitaire, ils apprennent à aimer.
Tout apprentissage est un temps de clôture. Ainsi pour celui qui aime, l'amour n'est longtemps, et jusqu'au large de la vie, que solitude, solitude toujours plus intense et plus profonde.
Le don de soi-même est un achèvement: l'homme en est peut-être encore incapable.
Enclins à ne voir dans l'amour qu'un plaisir, les hommes l'ont rendu d'accès facile, bon marché, sans risques, comme un plaisir de foire.
Le partage total entre deux êtres est impossible et chaque fois que l'on pourrait croire qu'un tel partage a été réalisé, il s'agit d'un accord qui frustre l'un des partenaires, ou même tous les deux, de la possibilité de se développer pleinement.
Si votre vie quotidienne vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous plutôt, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour en convoquer les richesses. Pour celui qui crée, il n'y a pas, en effet, de pauvreté ni de lieu indigent, indifférent.
Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d'hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s'ouvrant le matin.
Je suis assis et je lis un poète. Il y a beaucoup de gens dans la salle, mais on ne les sent pas. Ils sont dans les livres. Parfois, ils remuent entre les pages, comme des gens qui dorment et se retournent entre deux rêves.
Dans la vie, il n'existe pas de classe pour les débutants, c'est tout de suite le plus difficile qu'on exige de chacun.
Aimer, c'est devenir un monde, un monde en soi pour quelqu'un d'autre.
Pour les choses les plus profondes et les plus importantes, nous sommes inqualifiablement seuls.
L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l'être aimé. C'est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu'appelle le large.
Seul celui qui est prêt à tout, celui qui n'exclut rien, pas même ce qui est le plus énigmatique, vivra la relation à quelqu'un d'autre comme si elle était quelque chose de vivant, et y jettera même toute son existence.
Laissez à vos jugements leurs développements propres, silencieux. Ne le contrariez pas, car, comme tout progrès, il doit venir du profond de votre être et ne peut souffrir ni pression ni hâte. Porter jusqu'au terme, puis enfanter: tout est là.
Pour se conseiller, pour s'aider l'un l'autre, il faut bien des rencontres et des aboutissements. Toute une constellation d'évènements est nécessaire pour une seule réussite.
Ne croyez pas que le destin est plus que cette densité de l'enfance.
N'érigez point de monuments. Laissez la rose chaque année à sa gloire seulement fleurir.
Nous grandissions et nous avions hâte parfois d'être grands pour plaire à ceux qui n'avaient plus rien pour eux que d'être grands.

Œuvres de Rainer Maria Rilke

Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910)Cité dans Charles Juliet, la conquête de l'obscur de Jean-Pierre Siméon.Correspondance, à Antoinette de Bonstetten, 12 avril 1924.Elégies de Duino (1922)Elégies de Duino, la Première ElégieGravé sur sa tombe.Journal de SchmargendorfL'AvenirLe Livre d'heuresLe Livre de la pauvreté et de la mort (1903)Les Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910)Les Sonnets à Orphée (1923)Les Sonnets à Orphée (1923), II, 11Lettre à W. von HuleviczLettre à un jeune poète, 14 mai 1904Lettres de MuzotLettres milanaises, 23 janvier 1923Lettres à un jeune poète (1929)Lettres à un jeune poète (1929), 14 mai 1904Lettres à un jeune poète 1903-1908 (1929)