Œuvre

Lettres à un jeune poète (1929), 14 mai 1904

Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul, comme l'enfant est seul...
Les êtres jeunes, neufs en toutes choses, ne savent pas encore aimer; ils doivent apprendre. De toutes les forces de leur être, concentrées dans leur coeur qui bat anxieux et solitaire, ils apprennent à aimer.
Tout apprentissage est un temps de clôture. Ainsi pour celui qui aime, l'amour n'est longtemps, et jusqu'au large de la vie, que solitude, solitude toujours plus intense et plus profonde.
Le don de soi-même est un achèvement: l'homme en est peut-être encore incapable.
Enclins à ne voir dans l'amour qu'un plaisir, les hommes l'ont rendu d'accès facile, bon marché, sans risques, comme un plaisir de foire.