Auteur

Pierre Drieu la Rochelle

Je reçus pour cette soirée une invitation qui me venait d'un ancien camarade, devenu gros bonnet dans le commerce des visons. Je me décidai à en profiter.
On parle de la guerre. Nous nous rendons compte qu'on nous a encore une fois bourré le crâne.
Ils voient que je suis bourgeois jusqu'au bout des ongles et pourtant homme.
Ces balles, c'est du minerai, sorti des entrailles de la terre, qui vous jaillit à la figure. Et c'est conjointement une convulsion de cette société.
Les Allemands séduits par la facilité se remettaient à tirer. Et comment. Quelle dégelée de balles. C'est si facile de déchirer un centimètre de chair avec une tonne d'acier.
Ma forfanterie leur semblait sans avenir. Il y avait quelque chose d'excessif en moi, qui leur annonçait le dégonflement.
Il avait fait des pieds et des mains pour obtenir une bonne chambre et je le trouvai en train de donner de largent à un camarade qu'il délogeait.
A vingt-deux ans, peu déniaisé, retenu par des timidités ou des dégoûts, militaire depuis longtemps, ne connaissant guère que le bordel, j'avais le sentiment de mon infériorité comme amant, ce qui se paye.
On nous criaille de derrière qu'il faut avancer et se déployer. Mais on reste ployé.
L'adjudant qui a joué un rôle effacé, regarde au loin tristement; il prétend qu'il pense tout le temps à sa femme. Sa femme a bon dos.
Les Allemands, du point de vue de la vitalité élémentaire, du dynamisme brutal, sont déclassés par les Russes comme nous le sommes par eux.
Nous nous égaillions par groupes dans les taillis et nous saccagions, après tant d'autres trésors, le trésor sylvestre du pays.
A peine on est un peu tranquille dans ce creux: pan. Le 2e bataillon vient de se faire enfoncer: il faut contre-attaquer.
Et ils sont mal ficelés. L'un perd sa cravate, l'autre sa molletière.
J'essayai de parler à Blow: il me répondit sur un ton nouveau: j'étais un ennemi, un faux frère, un hypocrite.
«Je vais savoir ce qu'est la mort.» Voilà la pensée qui fulgura dans mon cerveau.
La décadence, toujours la décadence... La vie est une perpétuelle décadence depuis le début.
Certes, je ne renonce pas à rêver ma vie, mais je prétends aussi vivre mes rêves.
La confession la plus circonstanciée n'épuise jamais le contenu essentiel d'un homme et il vaut mieux franchement renoncer à dire beaucoup que de prétendre avoir tout dit parce qu'on a révélé tous les faits.
Je ne renonce pas à rêver ma vie mais je prétends aussi vivre mes rêves.
La Saison en Enfer est un des écrits les plus importants de la littérature française. Par-dessus l'énorme trou creusé par le rationalisme, la Saison rejoint les Pensées de Pascal et rétablit le pont coupé.
On peut dire qu'il n'y a pas un seul chrétien en France depuis Pascal jusqu'à Léon Bloy, surtout pas dans l'Eglise.
Claudel est le seul écrivain vraiment sain depuis le Moyen Age, qui soit aussi vraiment grand. Etrange et miraculeux réveil des forces dans cette France exténuée.
Le suicide, c'est un acte de ceux qui n'ont pu en accomplir d'autres.
La vie n'allait pas assez vite en moi, je l'accélère. La courbe mollissait, je la redresse. Je suis un homme. Je suis maître de ma peau, je le prouve. Un revolver, c'est solide, c'est en acier. C'est un objet. Se heurter enfin à l'objet.

Œuvres de Pierre Drieu la Rochelle

Cité par Pierre Andreu et Frédéric Grover dans Drieu la Rochelle (1979).Dans Drieu la Rochelle ou le Séducteur mystifié (1978) de Dominique Desanti.Etat civil (1921)Gilles (1939)Journal d'un homme trompéJournal, 1 mars 1943Journal, 2 janvier 1942L'Homme couvert de femmes (1925)La Comédie de CharleroiLa Comédie de Charleroi (1934)Le ChefLe Feu folletLe Feu follet (1931)Les Chiens de pailleLes Chiens de paille (1944)Mesure de la FranceNotes pour comprendre le siècle (1941)Sur les écrivains (1964)