Œuvre
La Comédie de Charleroi (1934)
Dès 1916, j'avais su décrocher la blessure heureuse. Une blessure pas assez grave pour m'empêcher de vivre, assez grave pour en faire accroire.
Bientôt ils revinrent à leur tanière amochée.
Je vis arriver nos deux régiments d'artillerie dans un galop apocalyptique.
Les volontaires, en ce début de guerre - et sans doute, à la fin y en aurait-il encore - se poussaient comme une queue au théâtre. Beaucoup étaient appelés, peu d'élus.
Aussitôt notre tir se calme. Il n'y a que nos mitrailleuses ... qui continuent d'arroser le terrain.
Elle semblait, toujours satisfaite de ces audiences médiocres, ignorer qu'il aurait pu y en avoir d'autres un peu plus difficiles.
Nous étions des bêtes. Qui sentait et criait? La bête qui est dans l'homme, la bête dont vit l'homme. La bête qui fait l'amour et la guerre et la révolution.
Je reçus pour cette soirée une invitation qui me venait d'un ancien camarade, devenu gros bonnet dans le commerce des visons. Je me décidai à en profiter.
On parle de la guerre. Nous nous rendons compte qu'on nous a encore une fois bourré le crâne.
Ils voient que je suis bourgeois jusqu'au bout des ongles et pourtant homme.
Ces balles, c'est du minerai, sorti des entrailles de la terre, qui vous jaillit à la figure. Et c'est conjointement une convulsion de cette société.
Les Allemands séduits par la facilité se remettaient à tirer. Et comment. Quelle dégelée de balles. C'est si facile de déchirer un centimètre de chair avec une tonne d'acier.
Ma forfanterie leur semblait sans avenir. Il y avait quelque chose d'excessif en moi, qui leur annonçait le dégonflement.
Il avait fait des pieds et des mains pour obtenir une bonne chambre et je le trouvai en train de donner de largent à un camarade qu'il délogeait.
A vingt-deux ans, peu déniaisé, retenu par des timidités ou des dégoûts, militaire depuis longtemps, ne connaissant guère que le bordel, j'avais le sentiment de mon infériorité comme amant, ce qui se paye.
On nous criaille de derrière qu'il faut avancer et se déployer. Mais on reste ployé.
L'adjudant qui a joué un rôle effacé, regarde au loin tristement; il prétend qu'il pense tout le temps à sa femme. Sa femme a bon dos.
Nous nous égaillions par groupes dans les taillis et nous saccagions, après tant d'autres trésors, le trésor sylvestre du pays.
A peine on est un peu tranquille dans ce creux: pan. Le 2e bataillon vient de se faire enfoncer: il faut contre-attaquer.
Et ils sont mal ficelés. L'un perd sa cravate, l'autre sa molletière.
J'essayai de parler à Blow: il me répondit sur un ton nouveau: j'étais un ennemi, un faux frère, un hypocrite.
«Je vais savoir ce qu'est la mort.» Voilà la pensée qui fulgura dans mon cerveau.