Auteur

Pierre de Ronsard

Pour chasser mes douleurs ameine moy la mort, - Ha mort, le port commun, des hommes le confort, - Viens enterrer mes maux je t'en prie à mains jointes.
Si j'étais nain, j'aurais toute chose à souhait, - J'aurais soixante sols par jour et davantage, - J'aurais faveur du Roy, caresse, et bon visage, - Bien en point, bien vêtu, bien gras, et bien refait.
O vraiment marâtre Nature, - Puisqu'une telle fleur ne dure - Que du matin jusques au soir!
On dit communément: - Belle fin fait qui meurt en bien aimant; - De telle mort je veux suivre la trace.
Je suis la salamandre et ne suis à mon aise - Si mon coeur n'est toujours au milieu d'une braise: - Le feu de vos beaux yeux tant seulement me plaît, - Et mon coeur en brûlant se nourrit et se paît.
Soleil, source de feu, haute merveille ronde - Soleil, l'âme, l'esprit, l'oeil, la beauté du monde.
Je lis en quelque livre, ou feins de composer, - Ou seul je me promène et repromène encore, - Essayant de tromper l'ennui qui me dévore.
Les amoureuses du jour d'huy - En se vendant aiment celui - Qui le plus d'argent leur apporte.
Il a pour maxime très nécessaire en son art de ne suivre jamais pas à pas la vérité, mais la vraisemblance et le possible; et sur le possible et sur ce qui se peut faire, il bâtit son ouvrage.
La matière demeure et la forme se perd.
Mes bons hôtes muets qui ne fâchent jamais; - Ainsi que je les prends, ainsi je le remais; - O douce compagnie et utile et honneste!
Marie, qui voudrait votre beau nom tourner, - Il trouverait Aimer : aimez-moi donc, Marie, - Faites cela vers moi dont votre nom vous prie, - Votre amour ne se peut en meilleur lieu donner.
Or j'aime bien, je le confesse, - Et plus j'irai vers la vieillesse - Et plus constant j'aimerai mieux : - Je n'oublierai, fussai-je en cendre, - La douce amour de ma Cassandre, - Qui loge mon coeur dans ses yeux.
Qu'est-ce parler d'Amour, sans point faire l'amour, - Sinon voir le Soleil sans aimer sa lumière ?
La Poésie n'était au premier âge qu'une théologie allégorique, pour faire entrer au cerveau des hommes grossiers par fables plaisantes et colorées les secrets qu'ils ne pouvaient comprendre.
Donc si ma main, malgré moi, quelquefois - De l'amour chaste outrepasse les lois, - Dans votre sein cherchant ce qui m'embraise, - - Punissez-la du foudre de vos yeux, - Et la brûlez : car j'aime beaucoup mieux - Vivre sans main, que ma main vous déplaise.
Belle fin fait qui meurt en bien aimant.
L'amoureux qui attend se vieillit en un jour.
La Loi ne sert de rien, quand la Vertu nous garde.
La Raison contre l'Amour ne peut chose qui vaille.
Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle, - Assise auprès du feu, dévidant et filant, - Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant, - Ronsard me célébroit du temps que j'estois belle.
Prends cette rose aimable comme toi, - Qui sers de rose aux roses les plus belles, - Qui sers de fleur aux fleurs les plus nouvelles, - Dont la senteur me ravit tout de moi.
Prends cette rose, et ensemble reçoi - Dedans ton sein mon coeur qui n'a point d'ailes : - Il est constant, et cent plaies cruelles - N'ont empêché qu'il ne gardât sa foi.
La rose et moi différons d'une chose : - Un soleil voit naître et mourir la rose, - Mille soleils ont vu naître m'amour, - Dont l'action jamais ne se repose. - Que plût à Dieu que telle amour enclose, - Comme une fleur, ne m'eût duré qu'un jour.
Marie, qui voudrait votre beau nom tourner, Il trouverait Aimer

Œuvres de Pierre de Ronsard

Abrégé de l'art poétique françaisAmourAmours de Cassandre (1552), IAmours de Cassandre (1552), IIAmours diverses (1578)Amours, ChansonCharitéContinuation des Amours, IXContinuation des Amours, XXXVDerniers Vers (1856), A son âmeDerniers Vers (1856), Ah longues nuicts d'hyver de ma vie bourrellesDerniers Vers (1856), StancesDiscoursDiscours de l'altération et change des choses humainesDiscours des misères de ce tempsDiscours des misères de ce temps (1562)Discours des misères de ce temps (1562), Instituition pour l'adolescence du RoyDiscours, Institution pour l'adolescence du roi très chrétien Charles, neuvième du nomEglogues, I, BergerieEglogues, II