Mais, à l'expression de ton visage, je comprends que tu veux raconter combien nous sommes pauvres, combien nous sommes différents des gens qui lisent tes romans. Je ne voudrais pas que tu me mettes dans un tel roman.
Dans un pays d'oppression comme le nôtre, où on n'accorde aucune valeur à l'être humain, se détruire pour ses croyances n'a pas de sens. Les grands principes, les nobles croyances, tout ça c'est pour les gens des pays riches.
La cause de notre attachement à notre Dieu ici-bas n'est pas, comme le croient les Occidentaux, le fait que nous soyons aussi pauvres, c'est notre insatiable curiosité à l'égard de notre raison d'être dans ce monde et de ce qu'il y a dans l'autre monde.
Le rêve d'héroïsme, c'est la consolation des malheureux.
Une fois par vie, il neige dans nos rêves.
Si l'image de l'être aimé reste vivante dans votre coeur, le monde entier est votre maison.
Quels que soient le talent et le mérite personnel, il vaut mieux chercher ailleurs le profit et la reconnaissance, et si on n'est pas récompensé à la hauteur de son labeur, ce n'est pas une raison pour se retourner contre son art.
Le lecteur est aussi ingrat que le chat. Le chat, qui est un animal très intelligent, n'est pas ingrat, mais il sait qu'il ne faut pas se fier aux écrivains qui n'aiment que les chiens. Ne t'occupe pas de chats ou de chiens, mais des problèmes du pays.
Tes convictions doivent être sincères. Et même si elles ne le sont pas, ton lecteur doit être persuadé qu'elles le sont.
Alors, pris de désespoir, je me suis dis qu'il était impossible d'exprimer avec des mots l'histoire, et même la vie!
Quand deux personnes se taisent, ce silence est parfois bien plus éloquent que si elles parlaient.
Qu'importe de savoir qui on est? disais-je. Ce qui est important, c'est de savoir ce que nous faisons et ce que nous ferons.
Ma propre vie échappait à mon contrôle, il m'entraînait là où il voulait, à son gré, et je ne pouvais plus que contempler de loin, comme en rêve, tout ce que j'avais vécu.
Dieu, ce n'est pas une question d'intelligence ou de foi, c'est une lucidité rappelant que toute vie est une énigme.
J'avançais dans la vie comme dans la lumière, entre deux zones d'ombre.
Si on savait exactement pourquoi on se suicidait, si on pouvait en formuler clairement la raison, on ne se suiciderait pas.
La plus grosse tromperie vieille de milliers d'années réside en ceci: on a confondu être pauvre et être idiot.
Le roman vient à la place du bonheur que nous ne trouverons peut-être jamais dans la vie.
Devant les gestes ou les manières d'un enfant ou d'un adolescent, n'a-t-on pas parfois le sentiment de revoir sa propre enfance, sa propre adolescence, et on le contemple alors avec bienveillance et inquiétude.
A force de rechercher l'étrange en nous-mêmes, nous risquerons de devenir quelqu'un d'autre.
Pour retrouver la vie et les rêves enfouis, il nous faut les rêver à nouveau!
La première chose qu'un prix Nobel change dans votre vie, c'est... votre compte en banque.
Les mots pour nous, écrivains, sont les pierres dont nous nous bâtissons.
Pour moi le secret du métier d'écrivain réside non pas dans une inspiration d'origine inconnue mais dans l'obstination et la patience.
J'écris parce que je ne peux supporter la réalité qu'en la modifiant.
Œuvres de Orhan Pamuk
D'autres couleurs (2009)Dans l'hebdomadaire l'Express, 2006.Discours de réception du prix Nobel de littérature, à Stockholm, 7 décembre 2006.La Maison du silence (1988)La valise de mon père (2006)Le Château blanc (1996)Le Livre noir (1995)Le musée de l'Innocence (2011)Mon nom est Rouge (2002)Neige (2005)