Auteur

Milan Kundera

La question est comme le couteau qui déchire la toile peinte du décor pour qu'on puisse voir ce qui se cache derrière.
La tristesse était la forme, et le bonheur le contenu. Le bonheur emplissait l'espace de la tristesse.
Le mot intellectuel, dans le jargon politique d'alors, était une insulte: il désignait un homme qui ne comprend pas la vie et qui est coupé du peuple.
Toute la valeur de l'être humain tient à cette faculté de surpasser, d'être en dehors de soi, d'être en autrui et pour autrui.
Le ridicule de nos sentiments ne change rien à leur authenticité.
Les métaphores sont une chose dangereuse. On ne badine pas avec les métaphores. L'amour peut naître d'une seule métaphore.
Le hasard a de ces sortilèges, pas la nécessité. Pour qu'un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant.
Un événement n'est-il pas d'autant plus important et chargé de signification qu'il dépend d'un plus grand nombre de circonstances fortuites?
Mais qu'est-ce que trahir? Trahir, c'est sortir du rang. Trahir, c'est sortir du rang et partir dans l'inconnu.
Crois-moi, un seul livre interdit dans ton ancien pays signifie infiniment plus que des milliards de mots que crachent nos universités.
Toute sa vie, il avait eu peur de la blesser et c'était uniquement pour cela qu'il s'était imposé la discipline volontaire d'une abêtissante monogamie. Voilà qu'il constatait au bout de vingt ans que ses égards avaient été tout à fait inutiles.
La présence physique de Sabina comptait beaucoup moins qu'il ne le croyait. Mais ce qui comptait c'était la trace dorée, la trace magique qu'il avait imprimée dans sa vie, et dont personne ne pourrait le priver.
Son drame n'était pas le drame de la pesanteur, mais de la légèreté. Ce qui s'était abattu sur elle, ce n'était pas un fardeau, mais l'insoutenable légèreté de l'être.
Ce sont les interrogations auxquelles il n'est pas de réponse qui marquent les limites des possibilités humaines et qui tracent les frontières de notre existence.
La sexualité est encore pour nous comme le coffret d'argent où se cache le mystère du moi féminin.
L'amour commence à l'instant où une femme s'inscrit avec une de ses paroles dans notre mémoire poétique.
Mais n'affirme-t-on pas qu'un auteur ne peut parler d'autre chose que de lui-même?
Imprimer la forme à une durée, c'est l'exigence de la beauté mais aussi celle de la mémoire. Car ce qui est informe est insaisissable, immémorisable.
Il faut arroser les souvenirs comme des fleurs en pot et cet arrosage exige un contact régulier avec des témoins du passé, c'est-à-dire avec des amis.
Un enfant, c'est l'imprévisibilité même, Vous ne savez pas ce qu'il adviendra, ce qu'il vous apportera, et c'est justement pour cela qu'il faut l'accepter.
Séduire une femme, c'est à la portée du premier imbécile. Mais il faut aussi savoir rompre; c'est à cela qu'on reconnaît un homme mûr.
De même que l'amour nous fait trouver belle la femme aimée, l'angoisse que nous inspire une femme redoutée donne un relief démesurée au moindre défaut de ses traits.
Et la politique, c'est ce qu'il y a dans la vie de moins essentiel et de moins précieux. La politique, c'est l'écume sale sur la surface de la rivière, alors qu'en fait la vie de la rivière s'accomplit à une bien plus grande profondeur.
Dans une société régie par la terreur, les déclarations n'engagent à rien parce qu'elles sont extorquées par la violence et qu'un honnête homme a le devoir de ne pas y prêter attention, de ne pas les entendre.
La jeunesse est l'âge féminin de l'homme.

Œuvres de Milan Kundera

ApocrypheJacques et son maîtreJacques et son maître, Introduction à une variationL'Ignorance (2003)L'art du romanL'identitéL'identité (1997)L'immortalitéL'immortalité (1990)L'insoutenable légèreté de l'être (1984)L'insoutenable légèreté de l'être (1984), VII, 2La Plaisanterie (1975)La Vie est ailleurs (1973)La lenteurLa lenteur (1995)La valse aux adieuxLa valse aux adieux (1976)La vie est ailleursLe Livre du rire et de l'oubli (1979)Le Rideau (2005)