Auteur

Marguerite Yourcenar

Il aime l'uniforme: les bottes, les gants à crispins, le casque et la cuirasse qui flambent au soleil.
Je chassai les fonctionnaires incapables; je fis exécuter les pires. Je me découvrais impitoyable.
La villa d'Hadrien, beau lieu aujourd'hui désacralisé par des restaurations indiscrètes ou par de vagues statues de jardin ... sans parler d'une buvette et d'un parking.
L'héritier présomptif ne pardonnait pas au monarque régnant d'avoir dilapidé une fortune. Pour qui considère les dévolutions d'héritage comme une espèce d'investiture, les deux attitudes n'en sont qu'une.
Et voilà maintenant, séparés de nous par trois cents générations tout au plus ... les artisans accomplissant dextrement des gestes que l'homme a faits et refaits jusqu'à la génération qui précède la nôtre.
Il va dans la petite ville voisine consulter un médecin. Cet homme de l'art était pour la franchise à tout prix, préférable certes aux bienfaisants mensonges, mais fâcheuse quand celui qui la pratique n'est pas bon diagnosticien.
J'éprouvais pour la première fois un plaisir de perversité à différer des autres.
Le malheur des Russes blancs n'éveillait en moi que la sollicitude la plus maigre, et le sort de l'Europe ne m'a jamais empêché de dormir.
Elle était serviable, comme sont les pauvres gens qui savent la nécessité de l'entraide.
L'homme a peu de chances de cesser d'être un tortionnaire pour l'homme, tant qu'il continuera à apprendre sur la bête son métier de bourreau.
Le passé, pour peu qu'on y songe, est chose infiniment plus stable que le présent, aussi paraissait-il d'une conséquence plus grande.
Nous sommes tous distraits, parce que nous avons nos rêves; seul, le perpétuel recommencement des mêmes choses finit par nous imprégner d'elles.
Je ne suis qu'un exécutant, je me borne à traduire. Mais on ne traduit que son trouble: c'est toujours de soi-même qu'on parle.
C'est toujours ainsi: nos oeuvres représentent une période de notre existence que nous avons déjà franchie, à l'époque où nous les écrivons.
On n'est jamais tout à fait seul: par malheur, on est toujours avec soi-même.
Je pleurai à l'idée que la vie fût si simple, et serait si facile si nous étions nous-mêmes assez simples pour l'accepter.
Vous avez cru qu'il suffisait d'être parfaite pour être heureuse; j'ai cru suffisant, pour être heureux, de n'être plus coupable.
J'aime que le temps nous porte, et non qu'il nous entraîne.
Le courage consiste à donner raison aux choses quand nous ne pouvons les changer.
Je me sentais timide, devant cet enfant qu'il fallait embrasser. Il m'inspirait, non pas de la tendresse, ni même de l'affection, mais une grande pitié, car on ne sait jamais, devant les nouveau-nés, quelle raison de pleurer leur fournira l'avenir.
Manger un fruit, c'est faire entrer en soi un bel objet vivant, étranger, nourri et favorisé comme nous par la terre; c'est consommer un sacrifice où nous nous préférons aux choses.
La lettre écrite m'a enseigné à écouter la voix humaine, tout comme les grandes attitudes immobiles des statues m'ont appris à apprécier les gestes.
Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'oeil intelligent sur soi-même: mes premières patries ont été des livres.
Rien n'empêche de supposer que le sorcier de la préhistoire, devant l'image d'un bison percé de flèches, a ressenti à de certains moments la même angoisse et la même ferveur que tel chrétien devant l'Agneau sacrifié.
De même qu'il n'y a pas d'amour sans éblouissement du coeur, il n'y a guère de volupté véritable sans émerveillement de la beauté.

Œuvres de Marguerite Yourcenar

Alexis ou le Traité du vain combat (1929)Alexis ou le Traité du vain combat (1929), PréfaceAnna, soror (1981)Archives du Nord (1977)Dans Le Journal du dimanche, 2 décembre 1984.Denier du rêveElectre ou la Chute des masques (1954), Avant-ProposElectre ou la Chute des masques (1954), I, 2, PyladeElectre ou la Chute des masques (1954), I, 4, ElectreElectre ou la Chute des masques (1954), II, 1, ClytemnestreElectre ou la Chute des masques (1954), II, 4, PyladeElectre ou la Chute des masques, II, 4, Pylade à OresteEn pèlerin et en étranger (1989)Feux (1936)L'Oeuvre au noir (1968)Le Coup de grâce (1939)Le Labyrinthe du monde, I - Souvenirs pieux (1974)Le Labyrinthe du monde, II - Archives du Nord (1977)Le Labyrinthe du monde, III - Quoi ? L'Eternité (1988)Le Temps, ce grand sculpteur (1983)