Auteur

Marguerite Yourcenar

Peut-être la bonté n'était pour elle qu'une qualité superflue: elle pensait que l'aménité suffit.
C'était un de ces hommes qui se définissent par des anecdotes, de sorte qu'essayer de les dépeindre fait d'un chapitre d'une sorte de recueil d'ana.
Il découvre bientôt que la petite boutique est un bureau d'adresses; l'entremetteuse et la faiseuse d'anges la fréquentent ...
La plaine ... a été impitoyablement défrichée par les moines et les vilains du Moyen-Age, mais les hauteurs, plus difficilement converties en terres arables, tendent à conserver davantage leurs arbres.
Je me sentais responsable de la beauté du monde.
Manger de la viande, c'est digérer des agonies.
Ces achats de biens au soleil qui attestent presque arrogamment la fortune d'un homme.
Je vous en voulais de me faire remarquer le coeur trop rouge d'une rose, une statue, la beauté brune d'un enfant qui passait; j'éprouvais, pour ces choses innocentes, une sorte d'horreur ascétique.
Je n'aimais pas à me mettre en avant.
Je pourrais, certes ... dépeindre des rustres avaricieux remplissant des bas de laine.
Je vous épargne le récit des précautions que je pris contre moi-même; elles me semblent plus avilissantes que des fautes.
Blessé à Gravelotte d'un éclat de biscaïen dans la cuisse, il tirait la jambe avec dignité.
Nous ne sommes pas les premiers à avoir vu la poussière de l'Asie Mineure en été, ses pierres chauffées à blanc, les îles sentant le sel et les aromates, le ciel et la mer durement bleus.
J'imagine une accueillante maîtresse de maison qui tient tête à ses hôtes dans le boire et le manger, et s'égaie de leurs plaisanteries risquées.
Le Cleenewerck du XVIIe siècle a dû s'inquiéter en voyant monter autour de Cassel la fumée des bombardes de Monsieur, frère du roi, combattant le prince d'Orange.
Les noires rues florentines avec leurs palais aux bosselages farouches attristent ce voyageur qui n'a encore qu'un vernis de romantisme.
Il la suivit dans la boutique, laissant entrebâillée la porte dont la moindre bougée ébranlait presque grotesquement un carillon.
Il s'était montré assez bon bougre pendant ces quelques jours passés côte à côte.
En attendant, et brochant sur le tout, j'avais pour Sophie la camaraderie facile qu'un homme a pour les garçons quand il ne les aime pas.
Tandis que le brigadier s'éclipse avec l'une des filles, Michel avoue avec embarras à la sous-maîtresse qu'il n'a pas trouvé chaussure à son pied.
Son anglais qui avait paru excellent à l'Université le laissait démuni en présence du cockney des rues.
J'ai toujours eu horreur de me commettre, et quelle est la femme amoureuse avec laquelle on ne se commet pas?
Par sa discrétion même, ce langage décanté m'a semblé particulièrement convenir à la lenteur pensive et scrupuleuse d'Alexis.
L'autre montre un personnage tout aussi officiel, mais aux traits et aux favoris un peu moins tirés au cordeau.
Sophie avait réclamé de lui une cigarette, et, se trouvant à court, il avait partagé avec elle la dernière d'un paquet.

Œuvres de Marguerite Yourcenar

Alexis ou le Traité du vain combat (1929)Alexis ou le Traité du vain combat (1929), PréfaceAnna, soror (1981)Archives du Nord (1977)Dans Le Journal du dimanche, 2 décembre 1984.Denier du rêveElectre ou la Chute des masques (1954), Avant-ProposElectre ou la Chute des masques (1954), I, 2, PyladeElectre ou la Chute des masques (1954), I, 4, ElectreElectre ou la Chute des masques (1954), II, 1, ClytemnestreElectre ou la Chute des masques (1954), II, 4, PyladeElectre ou la Chute des masques, II, 4, Pylade à OresteEn pèlerin et en étranger (1989)Feux (1936)L'Oeuvre au noir (1968)Le Coup de grâce (1939)Le Labyrinthe du monde, I - Souvenirs pieux (1974)Le Labyrinthe du monde, II - Archives du Nord (1977)Le Labyrinthe du monde, III - Quoi ? L'Eternité (1988)Le Temps, ce grand sculpteur (1983)