Auteur

Marcel Proust

Souvent les femmes ne nous plaisent qu'à cause du contrepoids d'hommes à qui nous avons à les disputer.
La vie en se retirant venait d'emporter les désillusions de la vie.
Avoir un corps, c'est la grande menace pour l'esprit.
C'est toujours l'attachement à l'objet qui amène la mort du possesseur.
Ce qui est dangereux et procréateur de souffrances dans l'amour, ce n'est pas la femme elle-même, c'est sa présence de tous les jours, la curiosité de ce qu'elle fait à tous moments; ce n'est pas la femme, c'est l'habitude.
Dans les personnes que nous aimons, il y a, immanent à elles, un certain rêve que nous ne savons pas toujours discerner mais que nous poursuivons.
Il n'est de souvenir douloureux que des morts. Or ceux-ci se détruisent vite, et il ne reste plus autour de leurs tombes mêmes que la beauté de la nature, le silence, la pureté de l'air.
L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument d'optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n'eût peut-être pas vu en soi-même.
Mais puisque je savais maintenant que je ne pouvais rien atteindre de plus que des plaisirs frivoles, à quoi bon me les refuser?
J'avais fini par vivre sans même m'apercevoir de sa présence; car nos plus grandes craintes, comme nos plus grandes espérances ne sont pas au-dessus de nos forces, et nous pouvons finir par dominer les unes et réaliser les autres.
Un nom, c'est bien souvent tout ce qui reste pour nous d'un être non pas même quand il est mort, mais de son vivant.
La conversation qui est le mode d'expression de l'amitié est une divagation superficielle qui ne nous donne rien à acquérir.
Ce même amour, nous le retrouvons bien, mais déplacé, ne pesant plus sur nous, satisfait de la sensation que lui accorde le présent et qui nous suffit, car de ce qui n'est pas actuel nous ne nous en soucions pas.
Le premier besoin des confidences naissait pour elle des premières déceptions de sa sensualité, aussi naturellement qu'il naît d'ordinaire des premières satisfactions de l'amour.
On dit qu'en vieillissant nos sensations s'affaiblissent. Peut-être, mais elles s'accompagnent de l'écho de sensations plus anciennes, comme ces grandes chanteuses un peu vieilles dont un choeur invisible renforce la voix affaiblie.
Notre «moi» est fait de la superposition de nos états successifs. Mais cette superposition n'est pas immuable comme la stratification d'une montagne. Perpétuellement des soulèvements font affleurer à la surface des couches anciennes.
Il avait peur de ces affronts passés, mais non des affronts à venir, car les maux que le raisonnement prévoit comme inévitables, l'espérance en recule si loin la venue qu'à de si grandes distances ils ne semblent plus effrayants mais comme irréels.
Et ma personne d'aujourd'hui n'est qu'une carrière abandonnée, qui croit que tout ce qu'elle contient est pareil et monotone, mais d'où chaque souvenir comme un sculpteur de génie tire des statues innombrables.
Il n'y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré.
Les relations avec une femme qu'on aime (et celà peut s'étendre à l'amour pour un jeune homme) peuvent rester platoniques pour une autre raison que la vertu de la femme ou que la nature peu sensuelle de l'amour qu'elle inspire.
Notre tort est de présenter les choses telles qu'elles sont, les noms tels qu'ils sont écrits, les gens tel que la photographie et la psychologie donnent d'eux une notion immobile.
L'intérêt de ne pas s'être trompé quand on a émis un pronostic faux abrège la durée du souvenir de ce pronostic et permet d'affirmer très vite qu'on ne l'a pas émis.
C'est la vie qui, peu à peu, cas par cas, nous permet de remarquer que ce qui est le plus important pour notre coeur, ou pour notre esprit, ne nous est pas appris par le raisonnement, mais par des puissances autres.
Pour se représenter une situation inconnue l'imagination emprunte des éléments connus et, à cause de cela, ne se la représente pas.
Il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre ce soit encore la rêver.

Œuvres de Marcel Proust

A la recherche du temps perduA la recherche du temps perdu (1918)A la recherche du temps perdu (1918), A l'ombre des jeunes filles en fleursA la recherche du temps perdu (1918), Du côté de chez SwannA la recherche du temps perdu (1918), la FugitiveA la recherche du temps perdu (1918), la PrisonnièreA la recherche du temps perdu (1918), le Côté de GuermantesA la recherche du temps perdu (1918), le Temps retrouvéA la recherche du temps perdu, A l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919)A la recherche du temps perdu, A l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919), IA la recherche du temps perdu, Albertine disparue (1925)A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann (1913)A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann (1913), I, 2A la recherche du temps perdu, La Prisonnière (1923)A la recherche du temps perdu, Le Côté de Guermantes (1921-1922)A la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé (1927)A la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé (1927), II, 3Albertine disparue (1925)Albertine disparue (1925), IVChroniques