Auteur

Lydie Salvayre

Epargnez-nous l'emphase. Elle est le propre des esprits creux. Et si vous n'avez rien à proposer, vous avez toujours la solution de vous taire. C'est étonnant comme on y songe peu!
Le silence est la politesse de l'âme.
Les petits enfants, mes amis, sont les anges à notre solde ! Ils magnifient notre oeuvre de la fraîcheur de leur connerie et innocente nos profits de leur coeur pur et de leurs boucles blondes.
Il y a quelque chose, disait-il, de mille fois pire que la férocité des brutes, c'est la férocité des lâches.
C'est qu'il est fort malaisé de parler littérature avec des littérateurs. Car les uns sont occuper à subsister, les autres à flatter, la plupart à médire, et tous si épris de leurs oeuvres que nul ne peut les en distraire.
Rien de plus têtu, rien de plus tenace que l'espoir, surtout s'il est infondé. L'espoir est un chiendent.
Une mauvaise pauvre est une pauvre qui ouvre sa gueule.
Elles ont en commun d'avoir choisi de vivre comme elles l'entendaient, avec une force, un courage extraordinaires, si l'on considère qu'à l'époque où elles écrivaient.
Shopenhauer déclara en son temps que la vérole et le nationalisme étaient les deux maux de son siècle, et que si l'on avait depuis longtemps guéri du premier, le deuxième restait incurable.
Il y a quelque chose, disait-il, de mille fois pire que la férocité des brutes, c'est la férocité des lâches.
Tous les fanatismes décidément se ressemblent, et tous se valent.
Elle retrouva son air de bonté, son air de bonté renseignée comme l'écrivait Péguy à propos de Lazare, c'est-à-dire non pas cette bonté des innocents et des simplets, non pas la bonté des anges ni des saintes nitouches, mais la bonté désabusée, la bonté clairvoyante, la bonté qui sait la nuit des hommes et la surmonte, qui tente à tout le moins de la surmonter
Bernanos découvrait, le coeur défait, que lorsque la peur gouverne, lorsque les mots sont épouvantés, lorsque les émotions sont sous surveillance, un calme, hurlant, immobile s'installe, dont les maîtres du moment se félicitent.
L'été radieux de ma mère, l'année lugubre de Bernanos dont le souvenir resta planté dans sa mémoire comme un couteau à ouvrir les yeux : deux scènes d'une même histoire, deux expériences, deux visions qui depuis quelques mois sont entrées dans mes nuits et mes jours, où, lentement, elles infusent
Ces remarques rapportées par ma mère raisonnent avec cette phrase de Bernanos que j’ai lue ce matin même et qui disait, je la cite de mémoire, que les hommes d'argent méprisent ceux qui les servent par conviction ou par sottise, car ils ne se croient réellement défendus que par les corrompus et ne mettent leur confiance que dans les corrompus.
Pour Bernanos, à Palma, ce n'était pas non plus une vie, c'est ce que j'imagine et qui se laisse deviner à la lecture des Grands cimetières sous la lune. (...) Et il avait écrit cette phrase qui pourrait avoir été écrite ce matin même tant elle s’applique à notre présent : « Je crois que le suprême service que je puisse rendre à ces derniers (les honnêtes gens) serait précisément de les mettre en garde contre les imbéciles ou les canailles qui exploitent aujourd'hui, avec cynisme, leur grande peur. »
Alors nos yeux se saludèrent et l'amour se leva, me dit ma mère qui se met à chanter
Elle apprit des mots distingués tels que congratuler, dépérir ou se fourvoyer, dont personne jamais n'avait usé devant elle et qui lui donnaient l'impression qu'ils élargissaient considérablement son espace mental.

Œuvres de Lydie Salvayre

La Conférence de Cintegabelle (1999)Pas pleurer (2014)Portrait de l'écrivain en animal domestique (2007)Sept femmes (2013)