Si votre pensée s'élance dans l'espace et dans le temps; si elle embrasse l'infinie simultanéité des faits qui se passent sur toute la surface de la terre.
Auteur
Louis Marie Julien Viaud, dit Pierre Loti
Dans la rue, des couples de gens du peuple passaient, endimanchés, s'en allant sur les routes et dans les bois comme au printemps.
Avec l'habitude de la continence, les sens aussi s'endorment pendant des périodes bien longues.
Il avait fallu emprunter, hypothéquer le bien de campagne, les orangers hérités de famille et les champs de roses.
Un petit mur croulant dessinait autour un enclos enfermant des croix.
Pour des gens si pauvres, ils s'encombraient vraiment de beaucoup d'inutiles bagages.
M. Sucre, avec mille grâces, du bout de son fin pinceau trempé dans l'encre de Chine, a tracé sur une jolie feuille de papier de riz deux cigognes charmantes et me les a offertes.
Une sorte de torpeur, bienfaisante sous les souffles du matin vierge, engourdissait son jeune corps, laissant son esprit en demi-rêve.
Puis ses jambes et ses bras se prirent d'une inertie atroce avec un fourmillement profond comme quand on s'est engourdi dans une position fausse.
La civilisation vous absorbe; les mille et un rouages de la grande machine sociale vous égrènent.
Les petites rues descendaient, montaient, s'enlaçaient comme pour égarer le passant attardé.
Des liserons d'un incomparable bleu enlacent les barreaux des fenêtres.
Comme par une entente muette, maintenant ils se fuyaient.
Du fond du souterrain inférieur remontent tout à coup des prêtres d'Abyssinie, qui ont l'air d'être les anciens rois mages, sortant des entrailles de la terre.
Depuis deux jours, elle avait eu le temps d'envisager en face tous les aspects de son malheur.
La belle dame m'envoya par la portière ouverte la collection de ses plus délicieux sourires.
La belle chevelure rousse, dénouée, s'épandit sur son horrible épaule.
Elle l'écrit partout sur les murs, avec autant de sérieux que s'il s'agissait d'une opération d'importance, et épointe tous mes crayons à ce travail.
Partout, à l'infini, sur cette mer équatoriale, ce n'était qu'humidité chaude, que lourdeur irrespirable.
Elle regardait un grand paysage triste dont les lointains s'estompaient dans les gris noirs.
Il faut un moment à la souffrance, pour vous étreindre et vous mordre au coeur.
Et ces amours-là, quand par hassard l'éveil des sens les confirme au lieu de les détruire, deviennent dans les jeunes têtes quelque chose de souverain et d'exclusif.
Le garçon et la fille évoluent avec une grâce rythmée, comme liés ensemble par quelque invisible aimant.
Et toujours ces mêmes grands souffles du Sud, secs et chauds, excitateurs des muscles et de la pensée.
Des narguilés par myriades, le long des rues, exhalaient leur fumée enjôleuse.
Œuvres de Louis Marie Julien Viaud, dit Pierre Loti
Au Maroc (1890)Aziyadé (1879)Figures et Choses qui passaient (1897)Figures et Choses qui passaient (1897), A LoyolaJournal intime (1891)Jérusalem (1894)L'Inde sans les Anglais (1903)Le Mariage de Loti (1882)Le Matelot (1893)Le Roman d'un Spahi (1881)Le Roman d'un enfant (1890)Le Roman d'un enfant (1890), LIXLes Désenchantées (1906)Les Trois Dames de la Kasbah (1884)Madame Chrysanthème (1887)Mon frère Yves (1883)Pêcheur d'Islande (1886)Ramuntcho (1897)Suprêmes visions d'Orient (1921)