Œuvre

Pêcheur d'Islande (1886)

Dehors, ce devait être la mer et la nuit, l'infinie désolation des eaux noires et profondes.
Une nuit d'août, là-bas, au large de la sombre Islande, au milieu d'un grand bruit de fureur, avaient été célébrées ses noces avec la mer.
Le soir surtout, on commençait à avoir conscience de l'accourcissement des jours.
Elle respectait les volontés de ce fils, de cet aîné qui avait presque rang de chef de famille.
Il lui sembla reconnaître et se rappeler: les ajoncs, les éternels ajoncs marins des sentiers et des falaises, qui ne jaunissent jamais dans le pays de Paimpol.
Il avait été longtemps promené sur divers brancards, avec des temps d'arrêt dans des ambulances.
Elle était anéantie devant l'immensité de ce qu'elle croyait comprendre.
Une clameur géante sortait des choses comme un prélude d'apocalypse jetant l'effroi des fins de monde.
C'était la veille de l'appareillage, on avait fini de mettre le gréement en ordre à bord.
Ils se démenaient tous, changeant, chavirant l'arrimage.
Deux ou trois balles sifflent encore, plus rasantes, celles-ci; on les voit ricocher, comme des sauterelles dans l'herbe.
Sa taille aussi avait achevé de se former. Vingt-trois ans bientôt; elle était dans tout son épanouissement de beauté.
C'est que d'abord elle était au bout de son pauvre argent.
Le navire qui le conduisait en extrême Asie avait ordre de se hâter, de brûler les relâches.
Aux carrefours, les vieux christs qui gardaient la campagne étendaient leurs bras noirs sur les calvaires, comme de vrais hommes suppliciés.
Mais, dans le mouvement de détente, le canon de ce fusil dévia par hasard dans le même sens.
En ce moment, leur étreinte était si chaste, que la grand'mère Yvonne s'étant réveillée, ils demeurèrent devant elle comme ils étaient, sans aucun trouble.
Une grosse pluie, qui était venue, passait aussi tout en biais, horizontale, et ces choses ensemble sifflaient, cinglaient, blessaient comme des lanières.
Dans le ciel très couvert, très épais, il y avait çà et là des déchirures, comme des percées dans un dôme, par où arrivaient de grands rayons couleur d'argent rose.
Chansons rudes et monotones dans les cabarets; vieux airs à bercer les matelots; vieilles complaintes venues de la mer.
Avec son dédain des autres, il pleura sans aucune contrainte ni honte, comme s'il eût été seul.
Il était un charmant danseur, droit comme un chêne de futaie, et tournant avec une grâce à la fois légère et noble, la tête rejetée en arrière.
Quel garçon était-il donc, ce Yann, avec son dédain des filles, son dédain de l'argent, son dédain de tout.
La Léopoldine devait mouiller en grande rade devant ce Pors-Even, et n'appareiller définitivement que le soir.
Après ils amenèrent des embarcations pour mouiller des ancres, essayer de se déhaler, en réunissant toutes leurs forces sur des amarres - une rude manoeuvre qui dura dix heures d'affilée.