Auteur

Léonora Miano

e me souvenais de ce proverbe eku : Aux anciens, Nyamey a accordé une longue vie. Aux jeunes, il a donné une longue vue. Pour moi, cet adage résume la pensée non écrite de nos anciens. Il signifie que nos pères savaient qu'il y avait un temps pour tout. Ils nous ont légué des coutumes adaptables.
La traite négrière était à inscrire au patrimoine tragique du genre humain. Parce qu'elle avait impliqué des régions différentes du monde. Parce que les bourreaux n'avaient pas été que d'un côté. Parce qu'elle était, à cette échelle-là, le premier crime contre l'humanité dont on ait gardé la trace.
La technique était bien rodée. Ramener le passé au présent. Dire le vrai, mais le dire mal. Partir d'éléments réels, vérifiables, incontestablement douloureux, puis laisser le verbe dériver vers l'amalgame, la vérité partielle, pour finir par s'arrimer au refus forcené d'endosser la plus petite responsabilité. Choisir les mots. Les répéter. Les marteler. En imprimer la résonance dans les esprits de ceux que la faim faisaient tituber. En faire la pensée unique de miséreux qui ne réfléchiraient pas, lorsqu'on leur tendrait une hache ou une machette. Se servir du peuple comme outil de sa propre destruction.
Il n'est pas bon de fuir devant l'épreuve, au risque de devoir en affronter une plus accablante.
L'amour des mères pour leurs fils n'a que faire des astres pour trouver son chemin. Il est lui-même l'étoile.
Ce qui existe naturellement ne devient bon ou mauvais qu'au contact d'une volonté.
La nuit est faite pour le repos , mais elle n'est pas si tranquille . Il faut rester sur ses gardes .
Le rêve est un voyage en soi, hors de soi, dans la profondeur des choses et au-delà. Il n'est pas seulement un temps, mais aussi, un espace. Le lieu du dévoilement. Celui de l'illusion parfois, le monde invisible étant aussi peuplé d'entités maléfiques. On ne pose pas sa tête n'importe où, lorsque l'on s'apprête à faire un songe.
Si l'enfant s'est présenté de la mauvaise manière ou, pire, s'il est venu au monde sans vie, l'accoucheuse a séché les larmes des pères, apaisé les angoisses devant l'interminable série de sacrifices à effectuer pour conjurer le sort. C'est elle encore, qui a préparé le mélange d'herbes devant servir lorsque les parents du mort-né seraient scarifiés. Ici, on leur trace un symbole sur la peau, afin que la mort se souvienne qu'elle leur a déjà ravi un enfant.
Les aïeux ne sont pas hors de soi, mais en soi. Ils sont dans le roulement des tambours, dans la manière d'accommoder les mets, dans les croyances qui perdurent, se transmettent. Les ancêtres sont là. Ni le temps, ni l'espace ne leur sont des limites. Aussi résident-ils là où se trouve leur descendance.
Les humains ne sont pas des calebasses vides. Les ancêtres sont là. Ils planent au-dessus des corps qui s'enlacent. Ils chantent lorsque les amants crient à l'unissons. Ils attendent sur le seuil de la case où une femme est en travail. Ils sont dans le vagissement, dans le babil des nouveaux-nés. Les enfants grandissent, apprennent les mots de la terre, mais le lien avec les contrées de l'esprit demeure. Les ancêtres sont là, et ils ne sont pas un enferment. Ils ont conçu un monde. Tel est leur legs le plus précieux: l'obligation d'inventer pour survivre.
Depuis sa fondation, la devise du clan dit : Je suis parce que nous sommes.
C'est d'être nommé qui fait exister ce qui vit.
Sachons accueillir le jour quand il se présente, la nuit aussi.
L'expérience démontre que la vérité est toujours plus complexe qu'il n'y paraît.
Révéler son nom à quelqu'un, c'est lui confier une part précieuse de soi-même, se dénuder devant lui.
Le rêve est un voyage en soi, hors de soi, dans la profondeur des choses et au-delà.
Le chagrin des mères n'est pas une souillure. Il est noble, tout particulièrement au sein de notre peuple, puisque c'est la maternité qui confère aux femmes un statut honorable. Nos hommes se félicitent d'épouser une femme ayant déjà enfanté. Ainsi, ils sont assurés de sa fertilité...
La bienséance interdit les épanchements. Il ne faut pas gémir sur le sort d'un enfant quand on a la chance d'en avoir d'autres, quand on peut encore en mettre au monde.
Les affrontements, au sein de cette communauté, consistaient en des rituels dénués de violence physique. Il s'agissait de joutes verbales, de luttes dansées, de jeux d'adresse intellectuelle.
Révéler son nom à quelqu'un, c'est lui confier une part précieuse de soi-même, se dénuder devant lui. Il suffit de murmurer le nom d'une personne lors de rituels pour l'attaquer à distance, l'exposer aux puissances maléfiques
L'instant dévolu au rêve s'aborde avec la solennité d'un rituel. Le rêve est un voyage en soi, hors de soi, dans la profondeur des choses et au-delà. Il n'est pas seulement un temps, mais aussi, un espace. Le lieu du dévoilement. Celui de l'illusion parfois, le monde invisible étant aussi peuplé d'entités maléfiques.
Je suis une vieille femme, à présent. Ce bouclier ne me sert plus à rien, mais il te protègera. Quiconque te voudra du mal tombera avant de t'avoir touchée. Toute arme créée ou lancée pour te détruire sera sans effet. Qu'il en soit ainsi, au nom puissant de Nyambe, créateur du ciel, de la terre et des abîmes.
C'est toujours un problème avec les religions. Elles sont des pratiques sociales permettant de forger et de consolider les communautés. Elles sont ensuite des systèmes de domination. Pour quelques chanceux qui sauront les transcender elles pourront être un chemin.
Les riches du XXI e siècle n'ont ni manières ni éducation. Jamais ils n'ouvrent un livre, ne possèdent pas de bibliothèque. Tout ce qu'ils savent, c'est le prix des choses. Alors, ils se couvrent jusqu'à l'asphyxie d'effets de marque. Quoi qu'ils fassent, on les reconnaît. Ils parlent, marchent, agissent comme ce qu'ils sont. Des gens trop vite passés de la nature au lit king size, du bain dans l'eau sale du marigot aux remous du jacuzzi

Œuvres de Léonora Miano

Contours du jour qui vient (2006)Crépuscule du tourment (2016)La saison de l'ombre (2013)Les Aubes écarlates (2009)Rouge impératrice (2019)