Auteur

Léon Tolstoï

Je l'ai déjà dit plusieurs fois: le patriotisme est de notre temps un sentiment artificiel et déraisonnable, source funeste de la plupart des maux qui désolent l'humanité; aussi ne faut-il pas l'entretenir.
La feinte la mieux ourdie pourra duper le plus pénétrant des hommes, mais le plus borné des enfants ne s'y laissera jamais prendre.
Une fois lié à une femme, tu n'es plus qu'un forçat rivé à la chaîne. Dis adieu à ta liberté, à tes aptitudes, à tes espérances; plie sous le remords de les avoir à jamais perdues.
Vois-tu, mon ami, dit-il, tant que nous n'aimons pas, nous dormons. Nous ne sommes que poussière... Mais tu aimes, et te voilà Dieu, tu es pur comme au premier jour de la création.
En considérant l'histoire d'un point de vue général, nous sommes persuadés que les évènements sont régis par une loi éternelle; mais les considérons-nous de notre point de vue personnel, nous sommes convaincus du contraire.
Un peu de flatterie, de louange, est indispensable, même dans les rapports les plus simples, les plus amicaux; comme il est indispensable de graisser les roues pour qu'elles tournent.
Si l'on admet que la vie humaine peut être gouvernée par la raison, alors il n'y a même plus possibilité de vie.
Il faut se mettre à la place de chacun: tout comprendre, c'est tout pardonner.
Plus l'homme est placé haut sur l'échelle sociale, plus le réseau de ses relations avec les autres hommes est étendu, plus il possède d'autorité sur les autres et plus il apparaît que chacun de ses actes est prédéterminé et inévitable.
Le Français sera sûr de lui parce qu'il est convaincu de la séduction irrésistible, tant intellectuelle que physique qu'il exerce sur tous, hommes et femmes.
L'Anglais est sûr de lui parce qu'il est citoyen de l'Etat le mieux organisé de tous et parce qu'il sait toujours, en tant qu'Anglais, ce qu'il doit faire et sait que tout ce qu'il fait en tant qu'Anglais est indubitablement bien fait.
L'Italien est sûr de lui parce qu'il s'abandonne à son émotion et en oublie facilement et lui-même et les autres.
L'assurance du Russe tient à ce qu'il ne sait rien et ne veut rien savoir, car il ne croit pas qu'on puisse savoir quoi que ce soit.
L'assurance de l'Allemand est la pire de toutes, la plus inébranlable et la plus odieuse, parce qu'il s'imagine qu'il connaît la vérité, la science qu'il a inventé lui-même, mais qui est à ses yeux la vérité suprême.
Si tout le monde ne se battait que par conviction il n'y aurait pas de guerre.
Seule la jouissance que l'on éprouve à y renoncer confère une certaine valeur à la richesse, et au pouvoir, et à la vie, à tout ce que les hommes s'efforcent d'acquérir et de sauvegarder.
Je crois que s'il y a autant d'opinions que de têtes, il y a aussi autant de façons d'aimer qu'il y a de coeurs.
Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l'est à sa façon.
Les hommes ne mettent guère en pratique les beaux sentiments dont ils font si volontiers parade.
Les femmes sont le ressort qui fait tout mouvoir en ce monde.
Aimer tout et tous, se sacrifier toujours à l'amour, signifie qu'on n'aime personne, qu'on ne vit pas de la vie terrestre.
Mais non, ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n'ont aucune idée de ce qu'est le bonheur ! ils ne savent pas que, sans cet amour, il n'y aurait pour moi ni joie ni douleur en ce monde ; la vie n'existerait pas.
La femme, vois-tu, c'est un thème inépuisable : on a beau l'étudier, on rencontre toujours du nouveau.
Je n'ai ni à m'affliger, ni à me consoler. Je suis trop fière pour aimer un homme qui ne m'aime pas.
Tous les bonheurs se ressemblent, mais chaque infortune a sa physionomie particulière.

Œuvres de Léon Tolstoï

Anna Karénine (1873-1877)Carnet, 28 mars 1861Ce qui fait vivre les hommesContes et histoires vraies de RussieDe la vie (1889)En quoi consiste ma foiGuerre et PaixGuerre et Paix (1864-1869)Guerre et Paix, II, 3, 7Guerre et Paix, livre II, 3e partie, 22Guerre et Paix, livre III, 3e partie, 32Guerre et Paix, livre IV, 4e partie, 1L'ArgentL'esprit chrétien et le patriotismeLa Guerre et la Paix (1861)La Guerre et la Paix (1869)La Guerre et la Paix (1869), II, 3, 5La Guerre et la Paix (1869), III, 3, 32La Guerre et la Paix (1869), IV, 2, 14La Question sexuelle