Auteur

Johann Paul Friedrich Richter, dit Jean-Paul

Infortuné, tu portes la couronne d'épines sur ton front sanglant; cependant des roses éternelles fleurissent dans ton sein!
De tous les efforts intellectuels, le travail d'une imagination ardente et passionnée est le plus accablant. Un mathématicien survivra toujours à un auteur tragique.
Lorsqu'un homme dit, surtout à une femme: vous êtes maussade ou bien vous êtes en colère, ce reproche fût-il même injuste, deviendra certainement mérité; rien, en effet, de plus facile que de devenir ce qu'on nous juge.
Le ciel et la terre ont tant d'étendue, pourquoi donc l'esprit de l'homme serait-il si borné?
Un peuple en châtie un autre, mais bientôt, coupable à son tour, il est châtié par un troisième, et ainsi de suite. Les Romains châtièrent les Grecs, les Allemands les Romains, le temps châtie les Allemands, et l'éternité le temps.
Les journaux renferment d'excellentes vérités au milieu des plus grossiers mensonges, ce sont quelques pièces d'or enveloppées de papier-monnaie.
L'art rend tous les pays uniformes et agréables; mais aux yeux de beaucoup d'hommes, ce n'est qu'un vignoble en fleur dont la force leur est connue d'avance, quoiqu'ils n'en ressentent pas encore les effets.
Si nos philosophes arrachent les pavés du temple de la vérité, c'est moins pour se préserver des bombes qu'on y lance, que pour se les jeter à la tête et casser les vitres.
Les formalités allemandes ressemblent aux habits longs qui soutiennent d'abord pendant quelque temps au-dessus de l'eau celui qui y tombe, mais qui l'entrainent ensuite au fond par leur pesanteur.
Le souvenir se rattache au présent, comme l'odorat au goût.
Les femmes ressemblent aux maisons espagnoles, qui ont beaucoup de portes et peu de fenêtres; il est plus facile de pénétrer dans leur coeur que d'y lire.
On éprouve les pierres précieuses par les miroirs ardents, les peuples par les conquérantes.
De même que les joailliers estiment les pierreries, nous pouvons apprécier nos poètes d'après leur pureté; nous en avons de la première, de la seconde et de la troisième eau, et, dans le Jardin poétique de Rossdorf, il s'en trouve même de la dixième.
L'enfance me parait plus heureuse que l'Age mûr, parce qu'elle sait trouver et reconnaître plus facilement un grand homme. Croire à la grandeur de l'homme, c'est le seul avant-goût du ciel.
Les âmes élevées ne peuvent entendre même de la bouche des gens les plus méprisables, ces mots: amitié, sensibilité, vertu, sans y attacher aussitôt toute la grandeur dont leur coeur est susceptible.
On demande conseil le plus communément, non qu'on ignore ce qu'on doit faire, mais parce qu'on le fait avec peine et que l'on espère que le conseiller viendra au secours de notre penchant en souffrance.
Pourquoi les âmes les plus pures sont-elles en proie à une foule de pensées dégoûtantes et empoisonnées qui glissent sur elles, comme les araignées sur les lambris les plus brillants? Ah! nos combats diffèrent peu de nos défaites!
Tous les hommes portent des morts ou des mortels dans leurs coeurs.
Il en est de la manie d'écrire comme de l'amour, on peut résister pendant dix ans aux tentations qu'on éprouve; mais dès qu'une étincelle a pu s'échapper, on brûle jusqu'à la fin.
Le sceptre du mariage se montre aux yeux d'une jeune fiancée, comme la houlette d'un berger de Gessner. Mais a-t-elle vu quel usage le berger fait de sa houlette? Il s'en sert pour jeter de la boue aux brebis et pour le chasser des mauvais pâturages.
Le souvenir est le seul paradis dont on ne puisse nous bannir, nos premiers parents ne purent même en être chassés.
La beauté n'existe dans aucun objet extérieur, mais dans le sentiment que nous en avons.
Je n'ai jamais vu de critiques plus vides el moins vraies, plus partiales et moins utiles, que celles des livres que j'avais lus auparavant; mais, en revanche, quel mérite n'ai-je pas trouvé dans la critique des ouvrages que je ne connaissais pas encore!
Notre siècle a plus repoussé les erreurs que les sources morales de nos erreurs. La cataracte qui voile nos yeux serait mal opérée, si l'on se bornait à la diviser sans l'extraire; car le plus léger mouvement pourrait la replacer devant notre vue.
Des nuages de l'erreur s'amoncellera plus tard l'orage de la passion.

Œuvres de Johann Paul Friedrich Richter, dit Jean-Paul

Blumen, Frucht und DornenstückeBlumen, Frucht und Dornenstücke (1796)Die Unsichtbare LogeEtre là dans l'existenceEtre là dans l'existence (1998)Hesperus (1795)La Vie de Quintus Fixlein (1796)Le JubiléPenséesPensées extraites de tous les ouvrages de Johann Paul Friedrich Richter dit Jean-PaulTitan (1800)