Vivre, c'est voir toutes les bêtises qu'on a faites la veille.
Auteur
João Guimarães Rosa
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On se recroquevillait dans le froid, on entendait la rosée, le bois plein de senteurs, le crépitement des étoiles, la présence des grillons et le poids des cavaliers. L'aube pointait, cette entre-lueur de l'aurore, quand le ciel blanchit. Et à mesure que l'air devenait gris, les contours des cavaliers, ce flou, se précisaient. Et pardonnez-moi de m'attarder à tant de détails. Mais aujourd'hui encore j'ai cette heure dans les yeux, tout cela si bon ; et, ce que c'est, c'est de la nostalgie.
Qui aime est toujours très esclave, mais ne se soumet jamais vraiment.
La mémoire de la vie des gens se conserve dans des parcelles séparées, chacune d'elles avec son émotion et sa coloration, je crois même qu'elles ne se mélangent pas. Raconter à la suite, en enfilade, ce n'est vraiment que pour les choses de peu d'importance.
De chaque vécu que j'ai réellement passé, de joie forte ou de peine, je vois aujourd'hui que j'étais chaque fois comme s'il s'agissait de personnes différentes. Se succédant incontrôlées. Tel je pense, tel je raconte. Vous avez bien de la bonté de m'écouter. Il y a des heures anciennes qui sont restées beaucoup plus proches de nous que d'autres, de date récente. Vous le savez bien.
La vie est ingrate dans sa douceur; mais elle charrie l'espoir jusque dans le fiel du désespoir.
Venger, je vous le dis : c'est lamper froid le plat que l'autre a cuisiné trop chaud.
Il y a des heures anciennes qui sont restées beaucoup plus proches de nous que d'autres, de date récente.
Dieu mange en cachette, et le diable court partout lécher les plats...
On tremble par amour ; mais que c'est par amour, également, qu'on se fait courage.
Le plus difficile n'est pas d'être bon et de procéder honnêtement ; le difficile, vraiment, c'est de savoir exactement ce qu'on veut, et d'avoir le courage de mettre ses dires à exécution.
Mais penser à la personne qu'on aime, c'est comme vouloir rester au bord de l'eau attendre que le ruisseau apaisé veuille bien, un jour, s'arrêter de couler.
Je crois que parfois, c'est presque avec l'aide de la haine que nous avons envers une personne, que l'amour voué à une autre croît plus fort.
Le coeur augmente par tous les côtés. Le coeur veille, pareil au ruisseau qui musarde entre les vallons et les monts, les forêts et les près. Le coeur mélange les amours. Tout y a place.
Presque tout ce que nous faisons ou négligeons de faire, n'est-il pas, au bout du compte, trahison ? On n'y coupe pas : envers quelqu'un, envers quelque chose.
Ce qui passe la mesure chez les gens, c'est la force hideuse de la souffrance, ce n'est pas la qualité du souffrant.
Toute mère est faite de bonté, mais chacune accomplit son office, qui est sien et le sien, de façon singulière, selon une bonté différente.
Tout amour probable, qu'un jour on négligea, ne cesse jamais, par intervalles, de nous faire mal...
Un chef n'est pas là pour s'annexer les avantages, mais pour corriger les défectuosités.
Ce qui fait le renom, fait le dédain.
Folies - c'est ce qui ne marche pas. Mais ça n'est folie qu'une fois qu'on le sait, que ça n'a pas marché !
Le théâtre du monde : l'un sur le trône, les autres silencieux endoctrinés.
Tous nos chemins sont glissants. Mais, en même temps, tomber ne nuit pas trop - on se relève, on remonte, on revient !
Dieu se manifeste, il nous guide la distance d'une lieue, puis il laisse tomber. Et tout alors demeure pire qu'avant. Cette vie est la tête à l'envers, personne ne peut mesurer ses cueillettes et pertes.
Mais la liberté - je parie - n'est encore que la joie d'un pauvre petit chemin, frayant entre les grilles d'énormes prisons.