Auteur

Joachim Du Bellay

A vous, troupe légère, - Qui d'aile passagère - Par le monde volez ...
Déjà la nuit en son parc amassait - Un grand troupeau d'étoiles vagabondes, - Et pour entrer aux cavernes profondes, - Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ...
Las! où est maintenant ce mépris de fortune? - Où est ce coeur vainqueur de toute adversité ...?
O mondaine inconstance! - Ce qui est ferme est par le temps détruit, - Et ce qui fuit au temps fait résistance.
Espère le fruit de ton labeur de l'incorruptible et non envieuse postérité: c'est la gloire, seule échelle par les degrés de laquelle les mortels d'un pied léger montent au ciel et se font compagnons des dieux.
Fais que l'humeur savoureuse - de la vigne plantureuse, - Aux rais de ton oeil divin, - Son nectar nous assaisonne, - Nectar, tel comme le donne - Mon doux vignoble angevin.
Le naturel du français est de ne jamais abandonner son prince.
Comme on voit le glaneur - Cheminant pas à pas recueillir les reliques - De ce qui va tombant après le moissonneur.
Entre les loups cruels, j'erre parmi la plaine. - Je sens venir l'hiver, de qui la froide haleine - D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
Reverrais-je le clos de ma pauvre maison - Qui m'est une province et beaucoup d'avantage?
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village - Fumer la cheminée, et en quelle saison - Reverrais-je le clos de ma pauvre maison, - Qui m'est une province et beaucoup davantage?
Si les vers ont été l'abus de ma jeunesse, - Les vers seront aussi l'appui de ma vieillesse: - S'ils furent ma folie, ils seront ma raison.
Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage, - Ou comme celui-là qui conquit la Toison - Et puis s'en est retourné, plein d'usage et raison, - Vivre entre ses parents le reste de son âge!
Cependant que j'ahanne, - A mon blé, que je vanne ...
Nos vers coulent d'une veine facile, et la foule nous lit, la Cour nous lit, assidûment. Nous écrivons pour les gens sans culture et, tout aussi bien, pour les gens de culture.
Je sens venir l'hiver, de qui la froide haleine - D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
Le naturel n'est pas suffisant à celui qui en poésie veut faire oeuvre digne de l'immortalité.
Ce n'est point chose vicieuse, mais grandement louable, emprunter d'une langue étrangère les sentences et les mots, et les approprier à la sienne.
Divin Ronsard, qui de l'arc à sept cordes - Tiras premier au but de la mémoire - Les traits ailés de la française gloire.
Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin, - Plus mon petit Liré, que le mont Palatin, - Et plus que l'air marin la douceur angevine.
A vous, troupe légère - Qui d'aile passagère - Par le monde volez.
O qu'heureux est celui qui peut passer son âge - Entre pareils à soi ! et qui sans fiction, - Sans crainte, sans envie et sans ambition, - Règne paisiblement en son pauvre ménage !
Il n'est si grande douleur qu'une douleur muette.

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